Noël 2017 : fragments du mystère de Noël

Pourquoi le Fils de Dieu s’est-il fait homme ? Avons-nous besoin d’un sauveur ?
Quel mystère de simplicité et de vulnérabilité ?

De la Nativité au Baptême du Seigneur, le temps liturgique de Noël se déploie pour permettre de contempler la personne de Jésus Christ, Fils de Dieu venu dans notre chair : « Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu Engendré non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel; Par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. » (Credo de Nicée-Constantinople)

En guise de cadeau de Noël, voici quelques méditations pour ces jours de fête.

Sermon de Saint Léon le Grand pour Noël : Chrétien, prends conscience de ta dignité

Notre Sauveur, mes bien-aimés, est né aujourd’hui : réjouissons-nous ! Il n’est pas permis d’être triste, lorsqu’on célèbre l’anniversaire de la vie. Celui-ci détruit la crainte d’avoir à mourir, il nous donne la joie de l’éternité promise.

Personne n’est tenu à l’écart de cette allégresse, car le même motif de joie est commun à tous. Notre Seigneur, chargé de détruire le péché et la mort, n’ayant trouvé personne qui en fût affranchi, est venu en affranchir tous les hommes. Que le saint exulte, car il approche du triomphe. Que le pécheur se réjouisse, car il est invité au pardon. Que le païen prenne courage, car il est appelé à la vie.

En effet, le Fils de Dieu, à la plénitude des temps fixée dans la profondeur impénétrable du plan divin, a épousé la nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur ; c’est ainsi que le démon, inventeur de la mort, allait être vaincu par cette nature même qu’il avait vaincue. ~

À la naissance du Seigneur, les anges bondissent de joie et chantent : Gloire à Dieu au plus haut des cieux ; ils annoncent : Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime. Ils voient en effet la Jérusalem céleste qui se construit avec toutes les nations du monde. Combien la pauvre humanité doit-elle se réjouir devant cette œuvre inouïe de la bonté divine, puisque celle-ci inspire une telle joie à la nature sublime des anges eux-mêmes !

Mes bien-aimés, il nous faut donc rendre grâce à Dieu le Père, par son Fils, dans l’Esprit Saint ; avec la grande miséricorde dont il nous a aimés, il nous a pris en pitié, et alors que nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ pour que nous soyons en lui une création nouvelle, une nouvelle œuvre de ses mains.

Rejetons donc l’homme ancien avec ses agissements, et puisque nous sommes admis à participer à la naissance du Christ, renonçons à notre conduite charnelle.

Chrétien, prends conscience de ta dignité. Puisque tu participes maintenant à la nature divine, ne dégénère pas en venant à la déchéance de ta vie passée. Rappelle-toi à quel chef tu appartiens, et de quel corps tu es membre. Souviens-toi que tu as été arraché au pouvoir des ténèbres pour être placé dans la lumière et le royaume de Dieu. Par le sacrement de baptême, tu es devenu temple du Saint-Esprit. Garde-toi de mettre en fuite un hôte si noble par tes actions mauvaises, et de retomber ainsi dans l’esclavage du démon, car tu as été racheté par le sang du Christ.

Fête de la Sainte Famille : homélie du bienheureux Paul VI à Nazareth (5 janvier 1964)

L’exemple de Nazareth

Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus : l’école de l’Évangile. Ici, on apprend à regarder, à écouter, à méditer et à pénétrer la signification, si profonde et si mystérieuse, de cette très simple, très humble et très belle manifestation du Fils de Dieu. Peut-être apprend-on même insensiblement à imiter. Ici, on apprend la méthode qui nous permettra de comprendre qui est le Christ. Ici, on découvre le besoin d’observer le cadre de son séjour parmi nous : les lieux, les temps, les coutumes, le langage, les pratiques religieuses, tout ce dont s’est servi Jésus pour se révéler au monde. Ici, tout parle, tout a un sens. Ici, à cette école, on comprend la nécessité d’avoir une discipline spirituelle, si l’on veut suivre l’enseignement de l’Évangile et devenir disciple du Christ. Oh, comme nous voudrions redevenir enfant et nous remettre à cette humble et sublime école de Nazareth, comme nous voudrions près de Marie recommencer à acquérir la vraie science de la vie et la sagesse supérieure des vérités divines !

Mais nous ne faisons que passer. Il nous faut laisser ce désir de poursuivre ici l’éducation, jamais achevée, à l’intelligence de l’Évangile. Nous ne partirons pas cependant sans avoir recueilli à la hâte, et comme à la dérobée, quelques brèves leçons de Nazareth.

Une leçon de silence d’abord. Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit, en nous qui sommes assaillis par tant de clameurs, de fracas et de cris dans notre vie moderne, bruyante et hyper sensibilisée. Ô silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur des préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Une leçon de vie familiale. Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable ; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable ; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social.

Une leçon de travail. Nazareth, maison du fils du charpentier, c’est ici que nous voudrions comprendre et célébrer la loi sévère et rédemptrice du labeur humain ; ici, rétablir la conscience de la noblesse du travail ; ici, rappeler que le travail ne peut pas avoir une fin en lui-même, mais que sa liberté et sa noblesse lui viennent, en plus de sa valeur économique, des valeurs qui le finalisent ; comme nous voudrions enfin saluer ici tous les travailleurs du monde entier et leur montrer leur grand modèle, leur frère divin, le prophète de toutes leurs justes causes, le Christ notre Seigneur.

1er janvier 2018, Sainte Marie Mère de Dieu, 51è journée mondiale de la paix, message du Pape François

« Les migrants et les réfugiés : des hommes et des femmes en quête de paix »

Que la paix soit sur toutes les personnes et toutes les nations de la terre ! Cette paix, que les anges annoncent aux bergers la nuit de Noël, est une aspiration profonde de tout le monde et de tous les peuples, surtout de ceux qui souffrent le plus de son absence. Parmi ceux-ci, que je porte dans mes pensées et dans ma prière, je veux une fois encore rappeler les plus de 250 millions de migrants dans le monde, dont 22 millions et demi sont des réfugiés. Ces derniers, comme l’a affirmé mon bien-aimé prédécesseur Benoît XVI, « sont des hommes et des femmes, des enfants, des jeunes et des personnes âgées qui cherchent un endroit où vivre en paix ».

Pour le trouver, beaucoup d’entre eux sont disposés à risquer leur vie au long d’un voyage qui, dans la plupart des cas, est aussi long que périlleux ; ils sont disposés à subir la fatigue et les souffrances, à affronter des clôtures de barbelés et des murs dressés pour les tenir loin de leur destination.

Avec un esprit miséricordieux, nous étreignons tous ceux qui fuient la guerre et la faim ou qui sont contraints de quitter leurs terres à cause des discriminations, des persécutions, de la pauvreté et de la dégradation environnementale.

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Homélie pour l’Épiphanie (cardinal André Vingt-Trois, 8 janvier 2017)

Frères et Sœurs,

Les trois mages venus des lointains pays de l’Orient en suivant l’étoile qu’ils avaient aperçue, représentent dans la tradition chrétienne le symbole des nations qui sont associées à la manifestation du Fils de Dieu. Dans la nuit de Bethléem, les bergers, avertis par un ange, ont entendu l’annonce de la venue du Sauveur comme l’accomplissement de la promesse faite à Israël et transmise en Israël de générations en générations. Ces trois mages n’appartiennent pas à la tradition d’Israël, ils ne sont pas venus guidés par les prophètes mais par les signes qu’ils ont perçus alors qu’ils scrutaient le ciel à la recherche de la vérité. Tels des sages qui mettent en œuvre leur capacité de comprendre et d’interpréter les signes, ils se sont mis en chemin sans savoir vers qui ils allaient, sinon en sachant qu’un roi devait naître en Israël au moment où paraîtrait cette étoile. Ils sont ainsi les représentants des multitudes d’hommes et de femmes qui n’ont pas reçu l’annonce de la venue du Messie de la bouche des prophètes, et qui se sont tournés vers lui en creusant, par eux-mêmes, dans le fond de la sagesse humaine, les forces pour venir à la rencontre de la vérité. Ils représentent les multitudes d’hommes et de femmes de bonne volonté qui cherchent de toutes sortes de façons quels pourraient être les chemins pour parvenir à une meilleure manière de vivre – ce qui sera appelé dans l’antiquité grecque et latine, la philosophie : la réflexion humaine sur le destin de l’homme. Cette réflexion humaine les conduit vers Israël, et plus précisément à Jérusalem, où ils vont tout de même indirectement, par le truchement d’Hérode le Grand, bénéficier de l’annonce prophétique qui désigne Bethléem comme le lieu de la naissance du grand roi.

Cette rencontre de la sagesse humaine et de la révélation divine qui s’opère par la médiation de ces hommes venus des lointaines cultures orientales à la rencontre de la tradition juive, éclaire ce que nous sommes aujourd’hui appelés à vivre. Nous nous réjouissons en ce jour de l’Épiphanie de célébrer la manifestation universelle du Christ, comme saint Paul nous y invite dans l’épître aux Éphésiens. Le mystère qui n’avait pas été révélé aux générations précédentes est devenu accessible à tous par la puissance de l’Esprit qui envoie des apôtres et des prophètes pour annoncer le Christ.

Au moment où saint Paul annonce la publication de ce mystère, l’univers connu se limite en gros au Bassin méditerranéen. Aujourd’hui, au XXIe siècle, l’univers connu que nous habitons, et dont nous avons des échos de toutes sortes de façons par les moyens de communication modernes, couvre cinq continents, une multitude de cultures. Certaines cultures très anciennes et profondément enracinées dans les peuples qu’elles ont produits, ont été touchées par l’évangile grâce au travail inlassable de générations et de générations d’hommes et de femmes qui sont partis en mission à travers le monde sur les cinq continents. Certes, de façon inégale du point de vue statistique mais de façon significative, si bien qu’aujourd’hui, nous pouvons dire que l’annonce de l’évangile a touché toutes les nations. Nous savons que le chemin est encore long pour que tous les hommes et toutes les femmes reconnaissent dans le Christ celui qui est le maître de l’histoire humaine, mais ce chemin est ouvert, et beaucoup déjà s’y sont engagés.

Nous-mêmes, trop volontiers habitués à croire que la révélation était épuisée par l’évangélisation de l’Europe, nous découvrons chez nous, sur notre terre, des hommes et des femmes qui sont étrangers à cette révélation, qui n’ont rien connu du Christ, ou qui ont appris à le rejeter et à le combattre. Si nous étions simplement les partisans d’un groupe particulier prêt à s’enrôler dans un combat contre des groupes adverses, nous pourrions nous laisser entraîner dans ce que l’on appelle volontiers « la guerre des civilisations », mais nous ne sommes pas les représentants d’un parti, ni même d’une civilisation, nous sommes les porte-paroles de la révélation de Dieu à l’humanité. Nous ne cherchons pas à étendre ce que nous appelons la civilisation européenne à l’ensemble du monde. Nous cherchons à annoncer le Christ à tous les hommes sur cette terre et à leur annoncer, dans leur culture, puisque la réflexion de l’Église au cours des deux siècles écoulés nous a aidés à mieux comprendre comment l’annonce de l’Évangile, loin de rejeter des cultures étrangères, était capable de recueillir ce qu’il y avait de meilleur et de plus vrai dans toutes les recherches de la sagesse humaine. Ainsi, les chocs, les confrontations, les luttes, qui se parent des habits de la religion, ne doivent pas nous faire illusion. Nous ne sommes pas les combattants croisés d’une religion contre une autre. Nous sommes les porte-paroles du prince de la paix venu annoncer la Bonne nouvelle à tous, et qui plus est : l’annoncer en respectant la liberté de chacun de l’accueillir et d’y adhérer, ou de la négliger ou même de la rejeter.

C’est pourquoi cette fête de l’Épiphanie est pour nous un moment de grande espérance, car elle annonce le rassemblement de l’humanité dans le Christ tel qu’il a été annoncé. Elle est en même temps une mission car elle demande de notre part la capacité de reconnaître ce qui est bon dans la recherche des hommes, d’oser annoncer le Christ à tous, et de respecter la liberté humaine de ceux à qui nous l’annonçons.

Que le Seigneur nous donne la force de vivre ce témoignage de la foi et la sérénité pour assumer les violences ou les contradictions qui en découlent. Qu’il fasse de nous des témoins de la paix.

Amen.