Centenaire de la paroisse
Saint-Hippolyte - Paris 13°

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Les années 1970 et l’après Concile Vatican II ...

 

Soirée-débat
Jeudi 10 décembre 2009

avec le père Gilles Renaudin (curé de Saint-Hippolyte de 1970 à 1981)

qui nous donne le témoignage du projet et des réalisations de cette période clé de l’histoire de l’Église :
Avec quel projet est-il arrivé ?
A partir de quels types d’observations, quelles réflexions fortes ?
Qu’a-t-il réussi à faire ?
Avec quelle méthode, quels moyens choisis ?

 

introduction de la soirée par le père Renaud de la Soujeole, curé de Saint-Hippolyte

 

Le schéma de mon intervention pourrait être le suivant :

 

 

Les contextes,

 

 

Le récit de l’expérience spirituelle et humaine que nous avons vécue,

 

Les 3 périodes :

70-73, les commencements ;

 

 

73-76, le projet et sa réalisation

 

 

76-81, le bonheur et les premières difficultés

 

Comment ce que nous avons vécu peut nourrir notre aujourd’hui ? Les perspectives.

 

 

 

 

 

Les contextes :

 

           

Dans ma vie personnelle : J’ai 42 ans quand j’arrive à Saint Hippo.

Aubervilliers : C’est là que j’ai appris à être libre dans l’Église. Monseigneur Le Cordier : Gilles pas de soutane dans le quartier, sinon vous n’arriverez pas à prendre contact avec les jeunes du quartier

Les conseils du Père Joulin « Lâche toi ; dans la liturgie, on ne fait bien que ce qu’on fait avec joie. » ; « Tu as des grâces d’émerveillement, cultive les. »

Les morts du métro Charonne le 08 février 1962 et le travail avec la municipalité communiste

Les responsabilités diocésaines : l’enseignement religieux et le catéchuménat.

la création avec le cardinal Veuillot et Philippe Béguerie du centre Jean Bart,  apprentissage du travail en réseau, formation des prêtres et des laïcs et apprendre avec Philippe à lire la Bible autrement

Le conseil épiscopal ; Michel Vachette refuse d’être curé; le cardinal Marty dit alors : « il faut que l’un de nous s’y colle ; Gilles vous feriez bien l’affaire »

 

           

Dans la société française : On sort de mai 68 avec le grand bouleversement des relations humaines et la liberté à laquelle ce bouleversement nous invite. Tout semble possible ; l’imagination est au pouvoir ; chacun peut proposer, prendre des initiatives.  

Dans l’Église : Le concile Vatican II avec Lumen Gentium : l’Église peuple de Dieu ; l’Église c’est NOUS ; la réforme liturgique et la liberté et la créativité à laquelle elle nous invitait et la liberté de conscience. En France en mai 68 le cardinal Marty n’avait il pas dit à la télé « Dieu n’est pas conservateur. » Cette impulsion et cet appui donnés par la hiérarchie de l’Église à l’inventivité et à la liberté expliquent que, même dans l’Église, tout semblait ouvert et possible

           

A Saint Hippolyte : Après le Père Lorenzo et les grandes années des patros : 20 ans de Mission de France avec une vraie recherche missionnaire et une grande attention au quartier, et aussi de grandes figures de prêtres dont on a parlé le 12 novembre  comme les curés qui se sont succédé ici et les prêtres ouvriers comme Jean de Miribel, Jean Perrot, Paul Vallée, Daniel Bonnechère….

C’est aussi un engagement politique fort de nombreux paroissiens, notamment pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie ; c’est la présence des compagnes de Madeleine Delbrel avec leur engagement social et leurs analyses politiques de la société et de la cité. Saint Hippo c’est aussi le dispensaire et la communauté des sœurs du 27 avenue de Choisy auxquelles s’ajouteront bientôt la communauté de Denise rue Gandon et celle de Madeleine, Simone et Huguette à la tour Rimini.

Dans le quartier : la destruction de l’usine Panhard en 1970 et la fermeture de la SNECMA et de la SNCF ; et, à leur place, la construction des tours que nous connaissons, qui a beaucoup changé la population du quartier avec l’arrivée d’une population plus jeune, souvent plus intellectuelle, voire plus bourgeoise et surtout plus marquée par les évènements de 68, et prête à prendre sa part de responsabilités dans la société comme dans l’Église, aux côtés et avec les populations plus ouvrières et souvent plus socialement et politiquement engagées qui habitaient le quartier.

 

Hors de ces contextes, on ne peut pas comprendre ce que nous avons essayé de vivre à partir de 1970, et le souffle étonnant qui nous portait à inventer un nouveau visage de l’Église

 

 

L’expérience spirituelle et humaine que nous avons vécue ensemble

 

Les premières années 1970 - 1973 : Les commencements

 

 

Dès le départ, ce que nous avons essayé de vivre, c’est de vivre sans tricher la responsabilité commune de tous les baptisés qui se retrouvaient à Saint Hippolyte. Le Concile nous l’avait affirmé avec force L’Église c’est nous, le Peuple de Dieu c’est nous. Tout a été fait pour que ce soit vrai, pour que ce soit collectivement toute la communauté qui porte la responsabilité de l’évangile, la responsabilité de sa vie de foi.

Quelques évènements importants et quelques dates pour jalonner ce qui s’est passé :

  • . Le 8 juillet 70 j’ai refusé de signer le permis de construire qui prévoyait de transformer le bâtiment actuel du presbytère en logements pour les prêtres ou pour d’autres personnes (vente du terrain) ; je connaissais bien les lieux pour avoir travaillé avec les prêtres de Saint Hippo, notamment Pierre Gerbé sur la catéchèse ; il fallait des lieux pour que la communauté vive (+ architecture et liturgie)….d’où la salle 27, la salle du silence, l’oratoire, l’accueil en rez de chaussée et l’escalier intérieur, les salles du 1er étage, l’aumônerie des lycées

  • En septembre la création d’un lieu d’accueil et de rencontre à l’entrée de l’église ; les dos et les chaises, Dieu a le visage d’un homme ; les panneaux de contre plaqué et la liturgie qui commence au fond avec tout le monde jusqu’à la liturgie de la Parole

  • La participation de + en + importante de tous les chrétiens à la liturgie : la prière universelle (héritée de la MDF ; la réflexion des Bustarret, les gauchistes de Montmartre), le dialogue du samedi soir (Fabiani), les carrefours du dimanche matin à 11 heures avec le dessin et la prière silencieuse (réflexion de Françoise : se retourner vers des gens qu’on ne connaît pas bien), la préparation des homélies dans les soirées du mercredi, ouvertes à tous, et plus tard la liturgie des nouvelles. Les fêtes de la réconciliation (confession à un frère qu’il soit laïc ou prêtre, absolution collective, « dire qu’on a attendu tout ce temps là pour rire dans une église », un vrai bonheur) Ces transformations liturgiques ont fait partir un certain nombre de paroissiens (dont certains sont revenus), et ont aussi attiré des chrétiens extérieurs au quartier

  • La prise des décisions importantes par le maximum de personnes : les grèves de la faim, la pétition à l’évêque pour l’accueil des divorcés remariés, la lettre au président de la République pour les condamnée de Franco, beaucoup plus tard en 1980 la démarche la veille des Rameaux, auprès de toutes les paroisses de Paris après l’assassinat de Monseigneur Romero au Salvador (rameaux devant l’ambassade)

 

 

Mais pour faire tout cela, pour qu’existe une communauté, il fallait se donner des moyens.

Le premier moyen, c’était d’avoir des locaux, on en a parlé.

Autre moyen : vivre ensemble des moments festifs. Comme le disait André Cruziat : facteur communauté, d’abord bouffer ensemble : toutes les occasions étaient bonnes : fêtes de la réconciliation, les grandes fêtes, parfois des évènements personnels, pour un pot au fond de l’Église ou un repas

Autre moyen : prendre du temps pour vivre ensemble ; comme le disait un militaire du boulevard Masséna à de nouvelles familles de militaires qui arrivaient dans son immeuble et qui lui demandaient si la paroisse c’était bien, il répondait : oui c’est bien intéressant, mais alors le dimanche il faut que vous remplaciez le rôti par un pot au feu, parce que les messes à Saint Hippo on sait quand elles commencent, mais on ne sait jamais quand elles finissent. La première année en 71 les célébrations de la Semaine Sainte ont duré chacune 4 heures le jeudi, le vendredi et le samedi

 

J’aimerais, pour cette première période, ajouter 2 choses

La première ce sont les efforts que nous avons fait pour essayer de rencontrer d’autres habitants du quartier hors des célébrations eucharistiques. Je me rappelle un des tout premiers Noëls où nous avons invité les gens du quartier, isolés ou non, à venir partager fraternellement le repas du jour de Noël : confection de 300 affiches, camionnette bleue….

Il faudrait parler aussi de la décision de créer ce que nous avions appelé les soirées Emmaüs ouvertes à tous, croyants ou non, pour un partage du repas et un temps d’échanges

Comment ne pas évoquer aussi quelque chose qui allait prendre une dimension très très importante : l’ouverture des salles et leur location à une diversité de groupes qui ne s’est jamais démentie ; ça a commencé avec le Secours Catholique et Can Van (Michel s’en souvient bien) ; Saint Hippo s’est ainsi ouvert à des groupes très divers et à des associations d’habitants du quartier, et d’ailleurs….

 

La deuxième chose, c’est le désir aussi de partage de la vie dans des communautés + petites : notamment la création de 2 groupes en 1972, un qu’on a appelé le groupe de Nemours dont certains sont ici, l’autre que j’appelle le groupe du 13ème et qui existe encore 37 ans après ; j’y suis entré en 73 ou 74 et j’y suis toujours, j’y étais entré avec la seule condition que je ne serais qu’un membre de ce groupe comme les autres et que j’y entrais comme Gilles Renaudin, homme, disciple de Jésus, et pas comme prêtre

 

Enfin, en conclusion de cette première période : ce qui a caractérisé ces premières années, c’est que la plupart d’entre nous dans leur diversité ont cru qu’en ce moment là, à cet endroit là, tout était possible, dans la société comme dans l’Église. L’heure était, à la suite de 68 et du concile Vatican II, à l’inventivité, à la liberté, à la créativité (exemple de Françoise)

Et nous avancions d’autant plus librement que nous nous sentions portés, presque envoyés par la hiérarchie de l’Église ; Jean XXIII avait ouvert les portes et les fenêtres de l’Église, et le cardinal Marty  nous faisait confiance et nous soutenait dans notre recherche.

Nous étions des pionniers, pas des farfelus. Aujourd’hui avec les retours en arrière qu’on connaît dans la société comme dans l’Église, nous sommes plutôt appelés à la résistance spirituelle. Dans la communauté chrétienne à laquelle j’appartiens nous avons choisi comme thème de notre année : s’entraider à résister.

 

La seconde période 73-76 : le projet et sa mise  en œuvre.

 

 

Dans cette seconde période 73-76 Saint Hippo a ressemblé à une ruche, où ça s’agitait et ça réfléchissait dans tous les sens (j’ai repris toutes les traces, textes… énorme)

Cette période a été marquée par des évènements très importants : l’entrée des 3 prêtres au travail, les premières grèves de la faim des sans papiers, le lancement du catéchisme familial ; et, à l’extérieur, 2 évènements qui ont profondément marqué notre recherche : « Tous responsables dans l’Église ? » Lourdes novembre 73 ; même si Jean Lavergnat m’a dit attention au point d’interrogation ; moi je ne l’avais pas vu ou plutôt nous n’avions pas envie de le voir et on s’est engouffré dans cet appel.

Le second évènement qui a marqué l’année 73 c’est l’autogestion entrant dans les faits : Palente (Jura), LIP, Charles Piaget.

 

Tout a commencé par une session des 4 prêtres dans le Morvan en novembre 72

Le projet : autogestion de la paroisse ; pour y arriver : que les prêtres diminuent et que les laïcs grandissent d’où : travail des prêtres, logement ailleurs qu’au presbytère ; objectif Pentecôte 74. Longue réflexion entre nous prêtres : nous sentons nous prêts pour une telle aventure, pour un tel bouleversement de nos vies à nous?

On ne voulait pas d’un conseil pastoral pour nous aider, mais d’une Église qui prenne collectivement la responsabilité d’elle-même et où tous, prêtres et laïcs ensemble, soient l’Église

 

En juillet 73, on écrit le projet et en même temps on commence à le mettre en œuvre ; Léo devient éboueur de la Ville de Paris, Michel tireur de plans sur offset ; moi vendeur en librairie ; refus de Marty pour moi ; j’accepte ; en octobre 74 je trouve un boulot à l’Union des HLM  et je le dis à Marty, lui proposant de renoncer à être curé ; réponse : Gilles…. (Un mot sur le travail des prêtres et l’exemple de Léo : personne ne me voit)

A la rentrée 73 on soumet le projet aux chrétiens de Saint Hippo en disant que nous pensons que ce n’est pas une utopie parce qu’il s’appuie sur une vraie communauté après 20 ans de recherche missionnaire avec la MDF et tout ce que nous avons essayé de construire en 70-73.

En même temps nous affirmons que nous avons à chercher comment assumer le fait d’être une paroisse (différence avec Saint Merry ou Saint Bernard de Montparnasse) : annoncer l’évangile à ceux qui s’adressent à Saint Hippo : caté, sacrements obsèques, demandes de salles ou accueil de ceux qui entrent dans l’église. Nos rassemblements d’Église ne suffisent pas 

Le 30 septembre, nous invitons tous les chrétiens de Saint Hippolyte à venir le 14 octobre à une AG à laquelle participera le père Frossard, évêque auxiliaire de Paris, pour discuter du projet

 

180 personnes se réunissent en 18 carrefours pour réfléchir à ces propositions :

J’ai relu les 18 comptes rendus de ces carrefours ; ce qui ressort c’est la diversité ; il y a autant de critiques ou de questions que d’approbations du projet ; parmi les remarques j’en ai noté  quelques unes : importance du dialogue entre gens d’opinions différentes ; pourquoi y a-t-il autant de chrétiens d’autres paroisses qui viennent ici ? Notre responsabilité vis-à-vis du quartier et des autres paroisses du 13ème ; joie de la parole libérée dans nos célébrations ; attention au risque d’élitisme mais nécessité de poursuivre la recherche 

 

Trois semaines après nouvelle assemblée générale pour examiner les CR des 18 carrefours

Il en ressort quelques convictions : accord pour une Église prise en charge par tous les membres du Peuple de Dieu avec 3 questions :

Responsabilité par rapport au quartier, accueil des « passants », l’engagement des chrétiens de Saint Hippo dans les associations du quartier (ilot B 10, ADA 13…)

Pas de partage de la foi possible sans tolérance ; l’Esprit Saint parle par tous

Importance des actions collectives : grèves de la faim, Noël ouvert, partage vacances…

 

A partir de cette date on travaille  dans différents groupes dont le groupe « prêtre » qui regroupe une trentaine de participants  et qui va être en 1974 et 1975, pendant 2 ans, celui qui va élaborer le projet final 

Pendant ces 2 années nous allons avoir 2 grands interlocuteurs : le cardinal Marty et un ami théologien lyonnais Henri Denis ; ils sont l’un et l’autre extrêmement présents et exigeants ; de nombreuses rencontres et courriers montrent l’attention qu’ils attachent au projet de Saint Hippo, pour Saint Hippo et aussi  pour l’Église; ils nous montrent les risques, nous invitent à modifier certains éléments du projet ; c’est à la fois très riche  et pas toujours facile à accepter. Un jour que je disais au cardinal « Père, vous nous surveillez vraiment de très près », il m’a répondu « Gilles, je ne vous surveille pas, je veille sur vous ».

 

Enfin, à l’été 75 le projet est écrit ; une AG de l’Église qui est à Saint Hippolyte est programmée pour le dimanche 9 novembre. Le projet prévoit la création d’une équipe appelée provisoirement l’équipe sacerdotale nouvelle, terme récusé à la fois par notre évêque et notre théologien ; on parlera assez vite de l’équipe nouvelle.

La mission de cette équipe sera globale et non une répartition de tâches ; les critères de la  mission de l’équipe sont les suivants :

 

Veiller à la fidélité à l’Église des Apôtres

 

Etre signe de la présence du Christ au milieu de nous

 

Etablir la communion avec les autres Églises

 

Porter le souci de la mission

Cette équipe comprendra les 3  prêtres envoyés à Saint Hippo par notre évêque, et 6 ou 7 laïcs élus par nous et reconnus ensuite par notre évêque

 

 

Comment s’est passée cette AG du 9 novembre 1975  et ses suites

Journée importante pour l’avenir de notre vie en Église à Saint Hippolyte ; Elle commence par la célébration eucharistique de 9 heures 30 présidée par le cardinal Marty qui nous redit sa confiance et qui précise bien les différences entre les ministres ordonnés et les laïcs élus; ensuite vient une longue intervention de ma part, sur les enjeux du projet ; la journée se terminera par le vote du projet proposé

 

Je voudrais reprendre avec vous quelques éléments de mon intervention du 9 novembre qui situeront bien tout ce que je viens de vous dire ; ce n’est pas de la théologie, plutôt une recherche humaine et spirituelle vécue ensemble à Saint Hippo

 

Je commençais par réaffirmer les contextes : notre monde a beaucoup changé et notre Église aussi depuis Vatican II ; elle  cherche une voie nouvelle : comment devenir le Peuple de Dieu ? Comment exercer ensemble nos responsabilités de baptisés : la responsabilité de l’évangile ? Ensuite j’abordais 4 points

 

A. Chercher la liberté et le Christ.   Des chemins de liberté ? Oui C’est une invitation à élaborer nous-mêmes notre propre réponse personnelle et collective, notre propre chemin  Mais aussi savoir que notre liberté est fragile ; on n’entre pas d’emblée dans la liberté          

 

Mais une liberté inséparable de la présence du Christ. C’est pourquoi nous ne pourrons jamais nous refermer sur nous-mêmes ; une Église toujours ouverte, où la Parole soit entendue et la Présence manifestée. Chacun son chemin de liberté pour suivre Jésus, mais il n’y a qu’un Christ qui opère peu à peu le rassemblement de tous ceux qui croient en lui.

 

B. Devenir une Église responsable d’elle même. Dans le monde ancien il n’y avait qu’à obéir au Christ et à ses représentants (le Credo, les sacrements, l’obéissance ; Saint Robert Bellarmin) tout est dit. Dans le monde d’aujourd’hui certains chrétiens diront alors : qu’importe l’Église, qu’importe la hiérarchie ; l’unique nécessaire c’est de chercher sa propre vérité à la lumière de sa conscience.

Mais pour nous, parce que nous voulons être pleinement de ce monde d’aujourd’hui, et parce que nous croyons, comme nous l’a dit le cardinal Marty que l’évènement Jésus Christ est l’évènement central de l’histoire humaine, nous ne voulons lâcher ni la liberté, ni le Christ.

Aujourd’hui, nous sommes devenus une communauté de foi, une communauté d’Église, communauté imparfaite, limitée, fragile, changeante, mais une communauté d’Église où nous pouvons dire ensemble une parole sur Jésus et témoigner de l’évangile

Nous avons découvert des chemins nouveaux.  Des chemins imprévisibles au départ  D’abord le chemin de la tolérance ; accepter la liberté de chacun, c’est accepter la différence, accueillir la diversité (professions de foi des 2 dernières vigiles pascales), et ce n’est pas facile. Quand on ne disait rien, au moins on pouvait penser que tout le monde croyait pareil. Mais aujourd’hui les divergences apparaissent ; je me souviens de dialogues difficiles : LIP, l’avortement, le nucléaire, le mariage, l’objection de conscience et jusqu’à certains dogmes : la divinité de Jésus, la vie éternelle, la Résurrection.

Ensuite le chemin de la créativité, de l’invention car aucune réponse humaine n’est définitive, aucun chemin, à la suite de Jésus, ne sera jamais tracé d’avance. Le travail d’une communauté d’Église n’est pas la maintenance mais l’espérance. Inventer ensemble le témoignage évangélique pour aujourd’hui. Chaque génération a à écrire son cinquième évangile (Zahrnt). Ce n’est pas par hasard que nous avons à inventer un nouveau visage d’Église, c’est par fidélité. C’est dans tout cela que s’enracine notre projet.

 

C. Faire droit à des exigences nouvelles.

            1. Accepter d’être responsable. Dans une Église de consommateurs, aucune prise de responsabilité n’est demandée, hors bien sûr la responsabilité de sa propre vie en conformité avec ce que demande l’Église.

Si au contraire chaque Église locale se remet en face de l’évangile pour réinventer sa vie, cette Église devient responsable du visage qu’elle donne dans un lieu donné, pour un temps donné. Le témoignage que nous donnons devient le nôtre.

Il n’y a plus d’échappatoire pour celui qui essaie librement d’inventer sa vie à la lumière de l’évangile ; c’est vrai pour chaque baptisé, c’est vrai pour chaque communauté chrétienne. C’est pourquoi le choix d’aujourd’hui, disais je dans mon intervention, vient logiquement à maturation, après un long chemin. Il est encore temps de faire marche arrière. Mais c’est la joie d’avancer, celle d’Abraham, celle de Moïse, celle de Marie, disant OUI sans savoir où ça les conduirait, mais dans la confiance à la Parole de Dieu. Vous ne pouvez plus vous reposer, disais je, sur Michel Léo et moi ; ce sera maintenant notre responsabilité à tous.

2. Construire l’unité. Vivre dans la communion. C’est important de savoir s’émerveiller des divers visages de l’Église et s’émerveiller de la communion entre ces visages.

Nous avons risqué, à travers nos tâtonnements et nos recherches, de devenir une secte et nous n’avons pas toujours su l’éviter. Parfois nous nous sommes isolés. Comment communier avec les autres communautés du 13ème, avec les aumôneries de jeunes ou d’hôpital, avec les Églises des autres continents.

3. Enfin, agir ensemble. Le premier aspect d’une action commune c’est la charité fraternelle, vivre comme des frères; il faut poursuivre la fraternité hors de l’église.

Le second aspect de cette exigence c’est celui de l’action collective. Découvrir nos différences ne doit pas nous empêcher d’agir ensemble ; on en a donné des exemples :

 

D. Au service de ces exigences un projet nouveau.

Choisir au milieu de nous des hommes et des femmes, mariés ou célibataires qui avec les 3 prêtres nommés par le cardinal Marty composeront   « l’équipe sacerdotale nouvelle »  

Les hommes et les femmes que nous choisirons seront à la fois de nous et pas de nous. L’Église n’a jamais été une monarchie ; elle ne sera pas non plus une démocratie. L’Église est un mystère que nous accueillons en en construisant peu à peu le visage. Cette équipe n’aura pas à répondre devant nous ; elle répondra devant le Christ, elle nous renverra sans cesse au Christ.

 

En guise de conclusion, et je terminais par là, un chemin qui s’ouvre.

Maintenant 450 personnes qui se sont inscrites pour participer à la décision sont appelées à décider de l’avenir de notre communauté de Saint Hippolyte.

Nous ne cherchons pas à définir un nouveau visage de l’Église pour les 100 ou 200 ans à venir. Nous cherchons à vivre, nous ici aujourd’hui, laissant à ceux qui viendront après nous, c’est à dire à vous, la mission passionnante d’inventer à leur tour leur vie à la lumière de l’évangile.

Nous ne savons pas où l’Esprit nous conduira, mais nous savons, avec toute la fragilité et la foi qui sont les nôtres, que les chemins nouveaux sur lesquels nous nous engageons seront ceux sur lesquels nous le rencontrerons.

 

Au terme de l’assemblée générale du 9 novembre, quelques chiffres

Pour le vote du projet, 448 adultes s’étaient inscrits sur les listes électorales ; 77,50% soit 347 ont pris part au vote et environ 95% d’entre eux ont voté en faveur du projet ; cependant 2 questions ont eu des réponses moins unanimes ; 22% des votants ont indiqué qu’ils ne souhaitaient pas qu’en cas d’urgence l’équipe prenne la responsabilité des décisions ; et 36% ont refusé que des personnes puissent se porter candidates à l’équipe si personne ne les a sollicitées

Dans les mois qui suivirent 113 personnes furent sollicitées par d’autres membres de la communauté pour être candidates à l’équipe. Fin mars 76, 29 d’entre elles avaient accepté. Elles écrivirent leur profession de foi et firent des permanences pour  pouvoir échanger avec les autres paroissiens, puis le 23 mai 1976, six ans après l’arrivée de Léo, Michel et moi l’équipe fut élue. L’élection eut lieu dans l’église car nous étions trop nombreux pour tenir dans la salle 27.

Il y a eu 6 tours de scrutin car on avait décidé d’élire une personne à la fois pour que l’assemblée puisse rééquilibrer l’équipe si ça semblait nécessaire. Au 1er vote, qui avait lieu par correspondance, il y eut 394 suffrages exprimés et Denise fut élue. Ensuite, les votes eurent lieu dans l’église et entre 297 et 311 personnes ont participé aux 5 votes qui suivirent. Après Denise les élus furent Bernard, puis Hubert, Geneviève, Jacqueline, Hélène et Maïté. Les 7 élus étaient les 7 qui avaient obtenu le plus de voix au vote par correspondance.

Au final l’équipe comprenait 5 hommes dont les 3 prêtres et 5 femmes ; l’âge allait de 23 ans tout juste pour Geneviève à 88 ans pour Hélène. Dans les semaines qui suivirent le cardinal reconnaissait l’équipe.

 

La dernière période 1976-1981.

 

 

De cette dernière période je ne dirai que quelques mots, car je veux garder un peu de temps pour les conclusions.

La première chose qui me reste de ces 5 années c’est le bonheur de cette vie et de ce travail en équipe. Il s’est produit la même chose que pour notre équipe de prêtres au début. Nous n’avions pas de charges à nous répartir, notre responsabilité était globale ; nous avons donc pu chaque lundi soir, tout au long de l’année, prendre le repas ensemble, faire le point sur ce qui se vivait dans la communauté, partager l’évangile et célébrer l’eucharistie. De là est née une vraie communauté de foi entre nous et une véritable amitié. Pas une seule fois en 5 ans les prêtres ne se sont  réunis entre eux ; il n’y avait qu’une équipe : l’équipe nouvelle.

La deuxième chose que je veux dire, ça a été la crainte que la création de l’équipe ne démobilise la communauté, et c’est parfois arrivé. C’est pourquoi c’est dans ces années que nous avons proposé 2 nouveautés : la première la création des réunions de l’équipe ouverte afin que tous ceux qui le voulaient dans la communauté puissent être associés à nos réflexions et nous éclairer. La deuxième a été l’institution de la liturgie des nouvelles pour pouvoir partager tous ensemble ce qui se vivait à Saint Hippolyte.

La troisième chose qui me semble importante, c’est l’assemblée générale du 22 octobre 78 et qui s’intitulait : voyage à l’intérieur des Église du Christ, à partir de nos rencontres de vacances avec d’autres communautés chrétiennes. Cette assemblée a été marquée par l’intervention d’un ami théologien Jacques Lefur sur « La communion dans l’Église »

Une dernière chose me semble importante à dire, ce sont les difficultés que nous avons connues pour le renouvellement de l’équipe. D’abord pour les prêtres ; nous avions décidé en accord avec l’équipe et avec l’évêque qu’il semblait bon que d’autres prêtres puissent prendre le relais. Quand Léo est parti, Théo qui venait de Saint Bernard de Montparnasse à été nommé à Saint Hippo par notre évêque ; il devait me remplacer l’année suivante, mais le style de notre communauté ne correspondait pas à ce qu’il avait envie de vivre comme prêtre et il a demandé à changer. Aussi j’ai été discuter avec Jean Lavergnat que je rencontrais dans le cadre du doyenné et du voisinage. Avec son accord j’ai proposé au cardinal Marty qu’il vienne à Saint Hippo dans la perspective de me remplacer l’année suivante. Le cardinal a alors rencontré Jean et, avec son accord, l’a nommé à Saint Hippo.

Ce fut plus difficile encore pour le renouvellement des laïcs de l’équipe décidé à l’assemblée générale du 24 mars 1979. Nous nous étions dit que 3 ans à l’équipe c’était suffisamment lourd pour qu’on laisse ensuite la place à d’autres : nous avons donc proposé que un tiers des laïcs élus quitte l’équipe à partir de 79 et qu’on procéderait à de nouvelles élections pour les remplacer. Il y eut peu de sollicités et peu de candidats. La ferveur et l’enthousiasme de 1976 étaient ils retombés ? La charge d’une longue soirée chaque semaine semblait elle trop lourde ? Après 9 ans à Saint Hippo n’avais je plus le dynamisme suffisant pour inventer ? Je ne sais pas, mais j’ai trouvé ces 2 dernières années plus lourdes à vivre.

       

En guise de conclusion.

 

 

 

Pour aujourd’hui : Il me semble qu’il y a eu à cette époque des lignes de fond qui demeurent pour aujourd’hui.

 

La première c’est que, comme le dit Albert Rouet, les chrétiens ne peuvent pas être des consommateurs muets ; ils sont les acteurs de leur vie, de leur vie collective, de la vie de l’Église, notamment de la communauté à laquelle ils appartiennent

On ne peut pas séparer la vie, l’insertion dans le monde professionnel, familial, politique, associatif, de la vie eucharistique de la communauté ; c’est pourquoi la liturgie des nouvelles, la prière universelle ouverte, les carrefours, le partage, nous ont semblé si importants. Aujourd’hui, la participation de tous me semble toujours aussi importante ; mais sans doute peut elle s’exprimer autrement. La population du quartier a changé ; peut être faut il adapter les expressions de l’assemblée aux différentes cultures présentes dans notre quartier et dans notre communauté de Saint Hippolyte. (cf  « les fils de Bernard » à l’enterrement de Bernard Lefranc), mais on ne peut pas lâcher la responsabilité collective et il faut lui trouver des modes d’expression qui correspondent à la composition actuelle de l’assemblée eucharistique

 

La seconde : Pour parvenir à la responsabilité de tous, il nous a semblé, en 1973, indispensable que les prêtres aient une insertion professionnelle. Ca nous a changés et aussi les chrétiens de Saint Hippo. Je ne sais pas ce qui est nécessaire aujourd’hui, Il me semble que, à l’époque, nous n’avons pas assez réfléchi sur le rôle propre des ministres ordonnés. Emportés par la conviction qu’il fallait redonner à une communauté chrétienne la responsabilité totale de sa vie de foi, nous nous sommes centrés sur ce « tous responsables », sur notre responsabilité baptismale commune, négligeant ce que Jean Lavergnat, à la suite de Père Vidal, a appelé la dialectique « Tous-quelques uns » ;

 

Enfin, nous avons, à l’époque, refusé de confier des ministères à des laïcs pour tenir la responsabilité collective de tous. Notre crainte, ma crainte, était de créer des sous prêtres qui auraient reproduit les défauts et les difficultés du clergé. La communauté a évolué différemment; mais quand, dans certaines veillées pascales, je voyais et entendais Odile Lacombe présenter les catéchumènes et dire tout le travail du catéchuménat j’étais émerveillé, et je me disais qu’au fond confier des ministères à des laïcs ça pouvait être formidable, mais qu’il fallait que la communauté les aide beaucoup pour qu’ils ne tombent pas dans les travers où nous, prêtres,  sommes trop souvent tombés : homme orchestre, patron, homme compétent, celui qui sait mieux que la communauté ce dont la communauté a besoin ….

Mais, si vous me permettez cette réflexion : pourquoi alors ne pas aller jusqu’au bout de cette logique, pourquoi ne pas confier à ces laïcs des responsabilités sacramentelles, pourquoi ne pas leur confier la présidence de la célébration eucharistique, qu’ils soient hommes ou femmes, mariés ou célibataires, pour une célébration particulière ou pour un temps déterminé ? Je pense aussi au sacrement des malades ou à la célébration de l’eucharistie dans certaines obsèques. Mais ceci ne dépend pas de nous mais de l’Église et des évêques

 

En ce sens, il me semble, sans être vraiment sûr ni trop optimiste, que l’assemblée des évêques de France à Lourdes cette année a marqué un pas qui pourrait être décisif : le rapport de Claude Dagens intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Église et évangélisation » et les discussions qui ont suivi ont révélé une évolution de la recherche des évêques.. Devant la pénurie de prêtres, ils ne se sont pas lamenté, mais ont cherché à mieux connaître les chemins qu’ils prenaient les uns et les autres pour construire autrement des communautés chrétiennes. Personnellement j’y vois un grand signe d’espérance. Le grain est semé ; la moisson viendra en son temps.

Il me semble que toute communauté chrétienne, tout groupe chrétien devrait s’emparer de ce texte comme nous nous sommes emparés du texte de 1973 « Tous responsables dans l’Église » Sans doute faudra-t-il quelques années de rumination dans chaque communauté pour découvrir sur quel chemins ce texte nous conduit, quels visages d’Église il nous invite à construire. Peut être est en train de naître l’utopie de la fraternité universelle où les êtres humains sont appelés à se manifester les uns aux autres la tendresse de Dieu.

 

 

 


A la suite de l'exposé de Gilles Renaudin, de nombreuses personnes dans l'assistance ont souhaité poser des questions, ou faire part de leur propre expérience à Saint-Hippolyte durant cette période.

 

 


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