|

Dimanche 1er
mai 1910:
la communauté chrétienne du quartier des Malmaisons a la joie
d'accueillir Mgr Amette, archevêque de Paris, venu bénir sa toute
nouvelle église.
Dimanche 2 mai 2010:
la communauté chrétienne qui se rassemble ici a la joie d'accueillir
le successeur de Mgr Amette, de vous accueillir, Mgr Vingt-Trois,
pour rendre grâce et fêter le centenaire de notre église.
Vous avez
lancé, Monseigneur, une réflexion à Paris sur le thème suivant:
«Paroisse en mission». Aussi, nous a-t-il semblé opportun de
rappeler brièvement comment la "mission" a été comprise et vécue
ici, au cours des cent dernières années.
1.
En
1910, après la bénédiction de l'église, l'abbé Georges Wiesnegg,
futur premier curé de Saint-Hippolyte, rend compte de la mission que
Mgr Amette lui avait confiée deux ans auparavant, à savoir
l'édification de cette église.
Il ajoute:
Un nom
qu'il ne m'est pas permis d'oublier
aujourd'hui, c'est celui de M. Paulin Enfert; apôtre infatigable de
la jeunesse, il a, le premier, planté la croix aux Malmaisons, il y
a une quinzaine d'années.
Et c'est en
effet un apôtre laïc qui s'était donné pour mission, en 1897,
d'aider les enfants du quartier et de leur procurer une éducation
religieuse. Ses successeurs étendirent peu après la mission aux
parents par la création de services sociaux, puis d'une chapelle et
enfin d'une église paroissiale.
En 1905,
lorsque le premier prêtre permanent est nommé ici "Directeur des
œuvres des Malmaisons", les dames patronnesses de la "Ligue
patriotique des Françaises" parlent de
ce pauvre faubourg
où le
prêtre était envoyé un peu comme un missionnaire !
2.
À
l'époque de la seconde guerre mondiale,
deux livres très remarqués
remettent brutalement à l'ordre du jour la mission, face à la
déchristianisation de notre pays : il s'agit de
France pays de mission ?,
publié
en 1943 par deux aumôniers jocistes Henri Godin et Yvan Daniel, et
de
Paroisse, communauté missionnaire. Conclusions de cinq ans
d’expérience en milieu populaire,
publié en 1946 par Georges Michonneau, curé de la paroisse du
Sacré-Cœur à Colombes.
C'est avec ce
souci missionnaire qu'avait été fondée, en 1941, la «Mission de
France» dont la première équipe parisienne est installée ici par le
cardinal Suhard en 1945. Ces missionnaires étaient des prêtres
volontaires, qui allaient vivre en équipe et exercer leur sacerdoce
dans des zones, réputées déchristianisées, en particulier dans le
monde des familles ouvrières. Avec parfois des prêtres au travail,
ou habitant hors du presbytère, était ainsi manifesté
l'"enfouissement" dans la société de ceux qui n'avaient pas choisi
l'action catholique spécialisée ou le militantisme laïc. Le rôle de
la paroisse fut peu à peu remis en question, lorsqu'il apparut que
les priorités résidaient dans l'amélioration des conditions de vie
des travailleurs et de leurs familles.
Les différentes
options missionnaires provoquèrent des débats difficiles, voire des
crises, en particulier au sein des paroisses, et en 1970, la Mission
de France quitta la paroisse Saint-Hippolyte.
3. Au cours des
années 1970, après Vatican II et dans une Église, Peuple de
Dieu, plusieurs directions se présentèrent pour la mission, avec
le souci de s'adapter à la nouvelle sociologie du quartier, dans un
contexte de rénovation urbaine et de promesses des promoteurs
immobiliers. C'est alors que d'autres cultures et d'autres
traditions firent irruption dans le nouveau paysage façonné par les
tours... Un objectif de la mission fut d'accueillir les nouveaux
arrivants, mais aussi de nourrir la foi des militants associatifs ou
politiques, par ailleurs provoqués par plusieurs textes importants
des évêques de France, par exemple ceux qui suggéraient de "nouveaux
modes de vie" ou "une pratique chrétienne de la politique".
4. Et voici qu'au
cours de ces dernières années, les façons de vivre de la société
urbaine se sont à nouveau modifiées et connaissent une évolution
rapide. La mondialisation à centres multiples, les possibilités de
communication, le rôle des religions, l'avenir de notre planète
comme la croissance de la pauvreté nourrissent l'actualité. Les pays
occidentaux n'ont plus le monopole ni économique, ni religieux.
Dans ce
contexte à la fois difficile et passionnant et dans le cadre de
notre quartier, comment orienter et formuler aujourd'hui l'objectif
de la mission ? Quel rôle peut y jouer la paroisse ? À la fois
affermir la foi des paroissiens mais aussi former les chrétiens pour
un envoi dans la société, assurément diverse, du 13e
arrondissement ?
C'est avec ces
questions en tête que nous sommes heureux de votre présence au
milieu de nous, ce matin, pour nous confirmer dans la foi et nous
mettre en communion avec toutes les communautés parisiennes
affrontées aux mêmes défis.
Et c'est avec
confiance que nous nous mettons en route pour les 100 années à venir
!
|