Ces quelques photos sont destinées à vous faire partager cette célébration, si vous l'avez suivie à la radio, ou à vous faire entrer dans les coulisses, si vous étiez présents à Saint-Hippolyte
Père Renaud de la Soujeole, est-ce que vous pourriez en quelques mots nous décrire votre paroisse et les enjeux ecclésiastiques et ecclésiaux qui se jouent ici ?
Bonjour, Bienvenue ! Saint-Hippolyte est une paroisse qui a 100 ans, qui rassemble des communautés de toutes cultures et qui fait vivre à chacun la joie d'être enfants d'un même Père. C'est un lieu prophétique, depuis 100 ans, depuis un siècle, qui rassemble une Eglise jeune, catéchuménale, une Eglise très diverse où nous partageons la joie d'être chrétiens, de se savoir aimés de Dieu. Comme la plus belle image de Dieu est dans l'homme, c'est dans la cité des hommes qu'on cherche à prier, à rencontrer Dieu, ici, dans ce quartier, et cela depuis 100 ans. Cette année est une année de fête !
Un centenaire, un centenaire jeune, puisque votre église est quand même éblouissante de diversité. C'est vraiment la cité des nations, si je puis dire. Nous avons des chorales diverses qui vont interpréter des chants de leur origine pour animer cette Eucharistie et nous aider à célébrer au cours de cette messe le Christ qui se donne à nous et qui se donne à tous et à chacun, quel qu'il soit. Saint-Hippolyte est une Eglise de mission, en mission. Quel serait le souhait que vous auriez à dire à nos auditeurs, vous qui êtes responsable de cette portion du peuple de Dieu, ici, si diverse, si différente ?
Et bien qu'ils puissent se laisser toucher par ce que nous allons célébrer maintenant, qu'ils puissent éprouver avec nous cette humanité commune, nous qui sommes chrétiens de toutes cultures et enfants d'un même Père. Oui, c'est quelque chose qui se voit. Il faut venir à Saint-Hippolyte pour voir cette assemblée rassemblant des frères du monde entier. Ma prière, comme curé, c'est que personne à l'antenne ne soit spectateur, mais soit peut-être acteur avec nous de cette célébration et se laisse toucher par ce que nous allons célébrer maintenant.
Et bien, nos oreilles vont maintenant apprendre à voir, et à voir ces diversités pour les partager et vivre ensemble ce temps de grâce, ce don que le Christ fait, de lui-même, à chacun d'entre nous, un don total, un don généreux, où tous les hommes et toutes les femmes de cette terre sont appelés à être rassemblés comme un seul peuple, une seule nation, un seul troupeau. Des enfants de Dieu, aimés d'une même manière. Ensemble, nous allons vivre cette messe, célébrer ensemble l'Eucharistie, le don de Dieu
Évangile : Marc 8, 27-35 (24ème dimanche année B)
C’est un évangile fort que nous venons d’entendre. Il me semble que nous sommes interrogés sur trois points essentiels pour notre vie de chrétiens. Le premier découle du dialogue entre Jésus et ses apôtres que nous avons entendu au début de l’évangile. En effet, c’est à chacun de nous que Jésus pose aujourd’hui la question : “Et vous, que dites-vous que je suis ? Pour vous, qui suis-je ?”. Pierre Ganne, jésuite, commentant cet évangile imaginait le dialogue de Jésus avec l’un de nous : Qui dis-tu que je suis ?” “Euh... ben... Seigneur, je dis ce que dit l’Église, ton Église !” “Faux jeton, répond Jésus, c’est pas ça que je te demande. Je ne te demande pas ce que dit de moi mon Église. Tout le monde le sait, ça. Pas la peine d’avoir la foi pour savoir ce que dit l’Église du Christ : il suffit de savoir lire ! Je te demande ce que tu dis, toi, en t’engageant dans ta parole” (“Qui dites-vous que je suis”, leçons sur le Christ ed. Centurion 1982). Et Pierre Ganne ajoutait dans “Leçons sur l’Esprit Saint” : “Aie le courage de répondre de “ta” propre parole sans répéter les on-dit, même si l’Église fait partie de ce “on” !”.
Oui, on ne peut pas répondre à la question de Jésus par personne interposée. Notre relation au Christ est comme toute relation d’amour : de même qu’on ne peut pas aimer par personne interposée, de même la réponse donnée au Christ ne peut être qu’une réponse personnelle qui engage chacun. Certes, notre réponse peut être éclairée par la foi de tant et tant de disciples de Jésus, mais ce que Dieu attend de moi, c’est une réponse où je m’engage personnellement. Je ne peux répondre par des formules apprises par cœur, je ne peux répondre qu’à partir de ce que je suis, qu’à partir de ce que je vis.
Que veut dire une réponse qui m’engage ? Nous sommes parfois bien léger dans l’affirmation de notre foi. Une réponse qui engage, c’est prendre au sérieux celui à qui je donne ma parole, c’est prendre au sérieux sa parole. Nous avons du mal à accorder notre parole et nos actes. Rappelons-nous la réflexion attristée de Jésus de dimanche dernier. Reprenant une parole du prophète Isaïe, Jésus constate : “Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi”. Il y a souvent une distance entre nos paroles et nos actes. Pierre en a fait la douloureuse expérience. Au cours du dernier repas de Jésus avec ses amis, il leur dit comme dans notre évangile de ce dimanche qu’il allait être arrêté et que ses meilleurs amis l’abandonneraient. Pierre alors prend la parole pour crier à Jésus : “Même si tous tombent à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais” et Pierre insiste : “Même s’il faut que je meure avec toi, non, je ne te renierai pas” Mt 26, 33-35. Pauvre Pierre qui déjà s’était fait reprendre par son maître avec des mots très durs “Passe derrière moi, Satan !” Nous sommes bien comme Pierre prompt à affirmer notre foi, notre engagement à côté du Christ et nous sommes faibles, nos actes contredisent parfois ce que nous affirmons de nos lèvres.
Suite à la belle profession de foi de Pierre, Jésus a cru qu’il lui était possible de dévoiler à ses amis son destin tragique. Mais les apôtres n’étaient pas prêts, ils avaient une conception très humaine du Messie et du salut qu’il devait apporter. Ils s’étaient fait une idée de ce que devait être l’avenir du peuple d’Israël. Jésus entend redresser leur conception erronée ; il dit à Pierre : “Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes”. Combien de fois nous nous trompons de Dieu, nous projetons sur Dieu nos idées, nos conceptions humaines, nous fabriquons un dieu à notre image en oubliant la parole de Jésus, l’évangile, la bonne nouvelle de la liberté, de la justice et de l’amour. De même que les apôtres ont dû purifier leur vision du Messie, de Dieu, de l’avenir de l’humanité, de même nous chrétiens, nous avons sans cesse à purifier notre vision de Dieu. Sœur Marie-Pierre, cistercienne, après avoir exprimé, dans un beau poème, ce que nous pouvons dire de Dieu, conclut par ces mots qui nous touchent : “Mais dis-leur aussi qu’il n’est pas ce que tu dis et que tu ne sais rien de lui” (Dans “La nuit le jour” page 33). Nous disons qu’un mystère ce n’est pas quelque chose d’incompréhensible, mais quelque chose qu’on ne finit pas de découvrir. On n’en finit pas de découvrir le mystère du Christ, le mystère de Dieu. Restons ces chercheurs qui constatons sans cesse l’imperfection de notre parole et ouvrons notre cœur à l’incessante nouveauté de Dieu.
Enfin l’attitude de Jésus face à ce qui l’attend s’il veut rester fidèle à ce pour quoi il a été envoyé, nous provoque. Sans hésitation, il entend suivre son chemin sans se laisser détourner par la réaction inquiète de ses amis. Il a tout à fait conscience que ce chemin de fidélité n’est pas un long fleuve tranquille. Sa parole déstabilise les certitudes des responsables religieux plus encore qu’elle n’avait déstabilisé Pierre. Elle met en cause l’ordre établi, les ambitions personnelles (rappelons-nous la demande de la mère de Jacques et Jean concernant les premières places pour ses deux fils), sa parole met en cause plus encore les ambitions collectives de son peuple qui rêvait toujours d’une suprématie sur toutes les nations. Son chemin est un chemin de service et d’humilité, bien opposé aux mentalités de son époque, mais tout autant à la mentalité actuelle. Comme disciples de Jésus, si nous voulons le suivre, il nous faut accepter un chemin qui ne correspond pas sur bien des points aux critères de réussite de nos contemporains. Les apôtres de Jésus souhaitaient pour leur maître et pour eux-mêmes une situation de prestige, de grandeur, de pouvoir, et Jésus leur propose la situation du serviteur. On s’interroge parfois sur la réussite de la vie de Jésus. En se fondant sur les seuls critères humains et malgré le succès de la religion qui se réfère à lui, on peut douter que la vie de Jésus ait été une réussite. Et pourtant, c’est notre certitude de croyants, la vie de Jésus a été une réussite non seulement en raison de sa résurrection bienheureuse, mais parce qu’il a parfaitement accompli sa vie d’homme, parce qu’il a été parfaitement ajusté à un amour infini dont il a été le témoin fidèle.
Merci, Seigneur, pour ta fidélité, qu’elle soutienne la nôtre.