Centenaire
de la paroisse
Saint-Hippolyte - Paris 13°
Le monde
entier arrive à
Saint-Hippolyte
Soirée-débat
Jeudi 14
janvier 2010
Un des
évènements
majeurs qui
transforme la
physionomie de
notre quartier à
la fin des
années soixante
dix.
Par le père Maurice Fourmond,
vicaire à
Saint-Hippolyte
depuis 2000, qui a
vu cette période
où la diversité
s’est installée
dans notre
paroisse.
Au cours de
cette période la
plus récente de
notre histoire,
quelque chose
s’est imposé en
dehors de tout
projet :
l’arrivée de
nombreux
étrangers.
Comment la
paroisse
a-t-elle
réagi ? :
accueil et
rejet,
difficultés et
instauration de
projets
pastoraux
originaux.
Saint-Hippolyte dans les dix dernières années
Introduction
La paroisse Saint-Hippolyte s’est construite à
travers une belle histoire. Nous avons eu en novembre le
témoignage de la Mission de France, puis en décembre Gilles
Renaudin nous a retracé la période où il a été nommé curé à
Saint-Hippolyte, de 1970 à 1981 avec l’impact de deux
événements majeurs : le Concile Vatican II et mai 68.
Il me
revient d’achever cette grande fresque de notre paroisse. N’étant
pas encore à Saint-Hippolyte, je ne dirai malheureusement rien des
vingt années qui ont suivi la période présentée par Gilles Renaudin
encore que Saint-Hippolyte a vécu de grandes choses avec Jean
Lavergnat et Guy de Lachaux. Je signale seulement le rôle de Guy de
Lachaux dans le développement du groupe des divorcés et divorcés
remariés avec la création du journal trimestriel “Chemins
d’espérance”. L’accueil fraternel et la place des divorcés et
divorcés-remariés dans notre paroisse est toujours aussi importante
aujourd’hui, signe d’un Dieu de tendresse et de miséricorde.
Peut-être que certains pourront évoquer tout à l’heure l’un ou
l’autre moment fort de cette période entre 1981 et 2000. Je
m’attacherai donc seulement aux dix dernières années de notre
paroisse dont je peux être le témoin. Je diviserai mon propos en
deux parties. J’exposerai d’abord les changements qui ont marqué
cette période et donc qui ont influencé la pastorale de notre
paroisse : changements dans la population du quartier et changements
dans notre société, pour évoquer en conclusion de cette partie
quelques défis que ces changements ont posés à notre paroisse. Dans
une seconde partie, je verrai comment notre communauté a répondu à
ces différents défis pastoraux. En finale je voudrais donner
quelques convictions qui ouvrent sur l’avenir de notre communauté
paroissiale.
- 1- Les changements.
a) Les changements dans la population du quartier.
Tout
le monde s’accorde pour constater une forte évolution de
notre quartier dans les dernières décennies. Entre les deux
recensements de 1975 et 2006, la population du 13è
arrondissement a augmenté d’un peu moins de 10 %, ce qui
n’est pas très important comme augmentation. Mais cette
augmentation a surtout marqué les deux quartiers sur
lesquels est implantée notre paroisse : le quartier de la
Gare et le quartier de Maison Blanche.
L’augmentation de la population est surtout marquée par le
venue des étrangers sur le quartier. Entre le recensement de
1975 et celui de 2006 le nombre d’étrangers est passé de
9.000 étrangers en 1975 à 23.600 en 2006.
Selon le recensement de 2006, sur les 178.000 habitants du
13è arrondissement, 13% sont étrangers. Toujours selon ce
recensement parmi les étrangers du 13è, 10% ont un emploi et
2% sont chômeurs. La plupart de ces étrangers habite sur
notre secteur paroissial.
Le regard porté sur notre communauté paroissiale vient
compléter et même modifier ce que les statistiques nous ont
appris. Il est fort probable qu’un paroissien d’il y a 40
ans qui reviendrait à une messe dominicale à Saint-Hippolyte
ne reconnaîtrait pas l’assemblée qu’il avait connu, tant est
grande sa diversité culturelle. Le Père Francis Barjot, à
deux années d’intervalle avait fait placer dans l’église,
tout autour de la nef, pour la Messe de la Pentecôte, des
panneaux représentant les cinq continents. Après la lecture
des Actes des Apôtres où il était question de tous ces
peuples rassemblés à Jérusalem, le Père Francis invita toute
l’assemblée à se lever et que chacun aille marquer son nom
sur son pays d’origine. Il y avait à ces messes de la
Pentecôte 52 nationalités différentes dont un nombre
important de chrétiens d’origine antillaise, vietnamienne,
d’Afrique francophone, d’Europe de l’est...
C’est dire que notre communauté a connu un changement
important dans sa population avec des chrétiens de cultures
différentes et de sensibilités religieuses différentes. Mais
la société a encore plus changé, interrogeant notre façon de
vivre en chrétiens dans notre paroisse. Quelques mots sur
les changements de mentalité.
b) Les changements dans la société actuelle.
Pour comprendre la place d’une communauté chrétienne
dans un quartier, il semble important de repérer les
changements qui touchent la vie des gens. Pourquoi insister
aujourd’hui plus qu’hier ? C’est que l’évolution du monde
s’est considérablement accéléré ces dernières années en
particulier grâce aux progrès techniques. Je ne peux
évidement qu’évoquer quelques uns de ces changements qui
touchent la mission d’une communauté chrétienne. J’en relève
seulement trois.
1- Notre rapport à la durée par l’évolution des technologies
en particulier pour ce qui concerne la communication. Nous
vivons de plus en plus à l’heure de l’internet et du
téléphone portable. Ceci avec la rapidité que permet le
courriel électronique mais en même temps une espèce
d’exigence d’immédiateté qu’elle autorise et le contact
permanent que permet le téléphone portable. Ces nouvelles
technologies font éclater les frontières : on ne peut plus
se préserver dans son “pré carré”. L’information se joue des
barrières douanières comme des oukases des gouvernements.
L’informatique met en communication les personnes dans le
monde entier et cela immédiatement. C’est ainsi que le temps
et l’espace se sont rétrécis avec de grands avantages mais
aussi avec des risques pervers. Avantages lorsque par
exemple nos amis chinois grâce à la webcam peuvent voir de
Paris leur famille en Chine et dialoguer avec elle, lorsque
les nouvelles du monde entier nous parviennent presque en
direct ; on vit dans l’instantané de l’information.
Mais cette vie dans l’immédiat risque d’abolir la durée.
Demain est incertain et cela provoque une grande timidité à
prendre des engagements : voir par exemple les changements
dans la conception du couple où l’engagement réciproque
hésite à s’inscrire dans une institution stable. Autre effet
pervers, si la durée n’est plus un facteur déterminant, il y
a le risque d’occulter aussi bien le passé que l’avenir
c’est-à-dire que l’histoire n’a plus la même importance
surtout chez les jeunes ; nous comprenons ainsi pourquoi
nous constatons aujourd’hui une grave crise de la
transmission.
L’éclatement des frontières a des conséquences importantes
tant au niveau économique qu’au niveau du brassage des
populations et des cultures. Jean-Claude Guillebaud écrivait
que l’avenir n’était pas le choc des civilisations, mais le
métissage culturel. L’éclatement des frontières, c’est aussi
l’augmentation des flux migratoires avec tous les problèmes
d’intégration que cela pose aux diverses sociétés.
De plus, les découvertes techniques, l’évolution des
sciences posent des problèmes nouveaux, pratiquement
inconnus jusqu’à ces dernières décennies. Je pense en
particulier aux questions posées en bioéthique ou à celles
posées par l’environnement. On n’a jamais autant parlé
d’écologie et cela au niveau planétaire.
2- Un second changement important qui n’est certes pas
d’aujourd’hui mais qui s’est accéléré ces dernières années,
c’est le rapport aux institutions et à l’autorité. Là encore
il y a d’immenses avantages et de sérieux périls. L’avantage
majeur est la mise en valeur du “sujet” par rapport au
collectif. Certes, cette découverte ne date pas
d’aujourd’hui et sans remonter à l’antiquité, pensons au
personnalisme d’Emmanuel Mounier, à l’apport du docteur
Freud et de la psychanalyse. Joseph Moingt dans la préface
au livre “Transmettre la foi, est-ce possible ?” écrit :
“C’est l’aboutissement d’un processus d’émancipation du
sujet, de l’individu qui émerge de son enfouissement
silencieux, dans la famille, la société ou l’État, avide de
former ses jugements et de prendre ses décisions par
lui-même sans qu’ils lui soient imposés du dehors” (p. 9).
Cependant aujourd’hui plus qu’hier s’est répandue l’idée que
la personne, le “je” est ce qu’il y a de plus important.
L’accomplissement de la personne individuelle est l’objectif
majeur. Cela ne diminue pas l’importance du bien commun,
mais celui-ci est relégué au second plan par rapport à
l’accomplissement de l’individu. Ceci
modifie le rapport aux institutions quelles qu’elles soient,
cela modifie le rapport à l’autorité d’où quelle vienne.
L’autorité n’est plus un absolu qui s’impose, elle est
analysée, discutée, contestée, refusée. Qui ne voit à la
fois la liberté acquise, mais aussi les obstacles à la vie
en société que ce soit la société civile ou la société
religieuse y compris catholique. Pour n’en donner qu’un
exemple : la création d’un couple et d’une famille se veut
dans beaucoup de cas sans référence à l’institution ; en
France, 52% des naissances sont déclarées en dehors de
l’institution du mariage.
3- Enfin, un troisième changement important dans les
mentalités est le phénomène de sécularisation qu’on peut
définir brièvement comme la distinction entre le civil et le
religieux. Certes ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui,
mais il tend de plus en plus à reléguer le religieux dans le
domaine du privé. Les rapports entre l’Église et l’État ont
considérablement changé. Nous ne pouvons plus prétendre à
ces privilèges qui ont marqué les époques précédentes. Ce
qui veut dire que la mission s’inscrit à l’intérieur de
frontières relativement étroites, celles du droit établi par
des sociétés séculières. La parole des chrétiens est une
parole parmi d’autres. Elle ne s’impose plus mais se propose
et attire selon des critères nouveaux de crédibilité, de
respect, de fraternité.
c) Les défis pour notre communauté.
Si j’ai développé un peu tous ces changements,
changements de population comme de mentalités, c’est qu’ils
modifient profondément la pastorale d’une communauté. Nous
ne pouvons reproduire ce qui avait été inventé il y a trente
ans.
1- Et d’abord la pluralité culturelle. La pluralité
culturelle s’accompagne en particulier de sensibilités
religieuses très différentes, de manières différentes de
vivre la foi et de la partager. Le défi posé à notre
communauté est : comment à la fois respecter ces différentes
cultures, ces différentes sensibilités religieuses tout en
maintenant une profonde communion entre tous les membres de
notre communauté ? Comment vivre le pluralisme et l’unité ?
2- Par rapport à la place du sujet, de l’individu, le défi
est d’abord de promouvoir la responsabilité de chacun au
service de tous. D’autre part ce repli sur l’individu crée
de grandes solitudes ; comment une paroisse peut y répondre.
C’est toute la question du partage, de la rencontre.
3- Par rapport à la sécularisation il nous faut prendre
conscience que la pratique sacramentelle est insuffisante
pour nourrir la foi. Il n’y plus de milieu porteur. Pour
nourrir la foi des chrétiens, il faudra inventer des moyens
nouveaux tant dans le domaine de la formation que d’un
dialogue et d’un partage de la foi entre chrétiens.
- 2 - Comment dans les dix dernières
années, notre communauté a cherché à
répondre à ces défis ?
a) Le premier défi est venu du
changement de notre population devenue
pluri-culturelle. Comment honorer cette
pluralité tout en construisant l’unité
de notre communauté. Notre paroisse a
voulu à la fois permettre aux divers
groupes culturels de se rencontrer tout
en étant pleinement intégrés au projet
de Saint-Hippolyte.
Nous avons aidé la communauté chinoise a
se construire, afin qu’elle puisse
célébrer dans sa langue et sa culture,
cet essor s’est concrétisé par la
construction de Notre-Dame de Chine.
L’inauguration a eu lieu le 18 décembre
2005 par notre évêque André Vingt-Trois.
Cependant des liens amicaux forts se
sont maintenus. Indépendamment de la
RCFA “Réseaux Culturels Franco
Asiatique” qui continue de façon
indépendante ses objectifs, la CCC, la
“Communauté Catholique Chinoise” qui au
départ était un groupe paroissial de
Saint-Hippolyte, s’est rattachée à la
nouvelle paroisse chinoise pour devenir
l’Association Notre-Dame de Chine.
L’association, comme l’ancienne CCC, a
un double objectif : Par une école, pour
apprendre la langue chinoise aux enfants
nés en France mais aussi à des adultes
(actuellement plus de 800 élèves),
s’ouvrir à la population chinoise du
quartier, mais aussi créer un “sas”
entre le monde asiatique et la pensée
chrétienne ; c’est un service rendu à la
communauté chinoise et aussi un moyen
pour permettre peut-être à certains de
découvrir le christianisme. Le lien avec
notre paroisse est bien marqué par la
présence d’une jeune prêtre chinois
actuellement Paul Wang, nommé en partie
pour Notre-Dame de Chine et en partie
pour le service de notre paroisse.
Le groupe vietnamien était déjà bien
vivant avec le jumelage entre
Saint-Hippolyte et la paroisse de Cantoo
au Viêt-Nam. Voilà quelques années, les
Assomptionnistes ont souhaité fonder au
Viêt-Nam. Ils demandèrent à notre
paroisse d’accueillir un séminariste
vietnamien. Ce furent successivement
Dong, Hung ordonnés prêtres à
Saint-Hippolyte avant de repartir au
Viêt-Nam et aujourd’hui Son. Avec eux,
le groupe vietnamien s’est développé
confortant son identité tout en étant
profondément membres de Saint-Hippolyte,
participant aux activités paroissiales
et animant certaines fêtes par les beaux
chants vietnamiens de sa petite chorale.
Nous avons beaucoup de paroissiens issus
des Antilles-Guyane. Indépendamment de
grandes manifestations comme des
pèlerinages ou des “Chanter-Noël”, une
“petite communauté de foi” antillaise se
retrouve tous les mois pour partager la
vie à partir de l’évangile.
Le Père Gilles Renaudin avait
évoqué la Messe pour le Père Bernard Le
Franc avec la participation si forte de
ses “fils spirituels” congolais. Même
s’il y a beaucoup de différences selon
les pays d’Afrique sub-saharienne, nous
avons beaucoup à recevoir de ces frères
et sœurs qui ont un regard sur le monde
tellement différent du regard
occidental. C’est ainsi que nous avons
la chance d’avoir le Père Prosper
Lombadisha, du Congo Kinshasa, prêtre
étudiant qui participe à la vie de notre
paroisse.
Ainsi, un grand effort est fait tant
pour respecter les différences que pour
vivre ensemble une vie fraternelle. Peu
à peu se réalise cette profonde
communion entre les membres de notre
communauté ayant des origines
culturelles très diverses. C’est ainsi
par exemple que nos Assemblées
Paroissiales de rentrée qui réunissent
depuis deux ans près de 200 personnes,
sont l’image assez exacte de notre
assemblée dominicale dans sa très grande
diversité. Deux groupes de la paroisse
permettent en particulier à toutes les
cultures de se retrouver, ce sont d’une
part “l’Échange de Savoirs” et notre
“Chorale”. Ces deux groupes réunissent
des personnes de toutes cultures. Certes
nous avons du mal à répondre à ce défi
du pluri-culturalisme, cependant, nous
souhaitons poursuivre en inventant de
nouveaux moyens de partage et
d’échange.
b)
J’en viens aux changements dans
l’organisation de notre communauté.
Notre paroisse, au fil des années, s’est
enrichie de groupes divers nombreux. On
en compte aujourd’hui plus de trente. Il
fallait modifier l’organisation de notre
communauté. Les deux instances Équipe
pastorale et Assemblée générale ne
permettaient plus d’assurer la communion
et la cohésion entre tous. Il est apparu
nécessaire de permettre à des groupes
ayant des objectifs proches de se
retrouver. De même il nous semblait
nécessaire que des laïcs prennent la
responsabilité de grands secteurs
paroissiaux, avec une certaine
légitimation. Celle-ci fut donnée par
des lettres de mission du curé,
approuvées par l’Équipe Pastorale. C’est
ainsi que quatre laïcs reçurent une
lettre de mission leur confiant la
responsabilité de quatre secteurs
pastoraux : l’accueil, la catéchèse, le
catéchuménat et la formation. De même il
convenait d’avoir une instance
intermédiaire entre les acteurs sur le
terrain et l’Équipe Pastorale, d’où la
nécessité de créer un Conseil Pastoral
complétant le rôle de l’Équipe Pastorale
et permettant de faire remonter à
l’Équipe pastorale les questions et les
suggestions des divers acteurs dans
notre paroisse.
Tout cela exigeait de revoir les
statuts de la paroisse. Entre l’automne
2003 et le début de l’année 2005, une
commission a travaillé sur les
institutions de la paroisse pour aboutir
à une Assemblée Générale le 12 mars
2005. Avant de proposer certains
changements imposés par les événements,
dans un préambule furent affirmées nos
convictions. Voici quelques extraits des
convictions qui nous habitaient :
La vie de la communauté paroissiale de
Saint-Hippolyte s’inscrit dans une
histoire qui a contribué à façonner son
visage actuel : son origine dans une
roulotte est image de sa préoccupation
sociale, poursuivie par la Mission de
France. Avec tous les groupes qui,
depuis, se sont relayés dans des actions
de solidarité, nous souhaitons placer le
souci des plus démunis parmi nos
priorités.
A l’image de l’évolution du quartier,
l’assemblée de Saint-Hippolyte s’est
enrichie de membres de tous âges, dont
les origines ethniques et culturelles
sont très diverses. Pour réaliser notre
projet de « faire Église », il est
important pour nous de permettre à
chacun d’y trouver sa place...
Malgré le nombre et la diversité de ceux
qui la composent, il existe une
véritable dimension communautaire dans
la vie de la paroisse. C’est une
dimension indispensable de la vie
chrétienne. On n’est pas chrétien tout
seul : la foi ne peut être vécue et
annoncée qu’en communion avec les
autres.
Prêtres et laïcs doivent continuer à
partager l'exercice de la responsabilité
globale, comme cela a été institué à
Saint-Hippolyte dans la dynamique du
Concile Vatican II. Chaque membre de la
communauté paroissiale, formé et soutenu
par elle, doit se sentir appelé à y
jouer un rôle actif, en fonction des
besoins et selon ses talents.”
L’Assemblée Générale du 12 mars
2005 avalisa les divers changements
concernant les ministres (celles ou ceux
qui ont une lettre de mission de la
paroisse), concernant ce qu’on appela
les “collèges”, regroupant plusieurs
groupes aux préoccupations pastorales
proches. Une modification importante à
l’Équipe Pastorale fut apportée devant
certaines difficultés, rappelées déjà à
l’époque de Gilles Renaudin, concernant
les candidats à l’Équipe Pastorale.
Désormais faisaient partie de l’Équipe
pastorale les prêtres nommés par notre
évêque et six laïcs, trois élus par
l’ensemble de la communauté et trois
cooptés par l’Équipe Pastorale avec
l’accord des ministres. Le mandat des
membres laïcs de l’Équipe pastorale est
de trois ans non immédiatement
renouvelable. Nous nous retrouvons trois
lundi sur quatre par mois. L’Équipe
Pastorale reste bien sûr l’instance qui
porte la responsabilité globale de notre
communauté.
c) Un défi constant posé à toute
communauté chrétienne est le lien avec
les plus pauvres. Dans cette dernière
période de notre centenaire, nous avons
bien sûr maintenu ce qui fut la
préoccupation constante à
Saint-Hippolyte, le souci des plus
démunis. En continuité avec tout ce qui
avait été mis en place auparavant, notre
travail s’est orienté dans deux
directions. La première consiste à
soutenir tout ce qui touche à la
solidarité en rappelant sans cesse que
cette attention aux plus démunis n’est
pas un corollaire de notre foi de
chrétien, mais un élément constitutif de
la foi sans lequel notre foi serait
vaine, inexistante, morte. Notre guide
paroissial énumère les activités de
solidarité : depuis “Espace-Solidarité”
qui a pris le relais du Secours
Catholique, “Écrivain Bénévole” qui
chaque semaine accueille tous ceux qui,
ayant des problèmes de langue ou
d’écriture, nous sollicitent pour
rédiger une lettre ou comprendre un
document, “Habitat et Humanisme” qui,
ayant acheté et rénové des appartements,
les propose pour un très faible loyer à
des personnes présentées par l’aide
sociale mais avec un accompagnement
personnel, le groupe CCFD très actif sur
notre paroisse, le “Réseau
Chrétien-Immigrés” auquel participent
plusieurs membres de notre communauté ;
ajoutons le groupe “Visite et Communion”
ainsi que le travail de San Egidio en
particulier par “L’école de la paix” qui
rassemble chaque samedi une trentaine
d’enfants défavorisés pour les aider au
plan scolaire ainsi qu’à une vie
heureuse ensemble.
L’autre direction vers les plus démunis
concerne l’utilisation des locaux
heureusement importants à
Saint-Hippolyte. À côté des associations
de tous genres qui utilisent
ponctuellement nos locaux, mentionnons
les accords avec “Alpha Choisy” centre
pour l’apprentissage des langues
chinoise et française et avec “Emmaüs”
qui vient de rénover des locaux
importants en vue d’accueillir des
femmes à la rue avec un projet de
réinsertion sociale.
d) Parmi les défis, nous avons parlé
tout à l’heure de la sécularisation qui
a supprimé le support social pour ce qui
touche à la religion. Nous n’avons pas
d’autre appui pour vivre notre vie en
chrétien que le soutien des frères et
des sœurs chrétiens. Il nous faut donc
répondre à ce défi par l’échange entre
chrétiens et par la formation
permanente.
Il y a quatre ans nous avions
lancé le slogan : “On n’est pas chrétien
tout seul”, afin d’insister sur la
nécessité de partager sa vie et sa foi
entre chrétiens. À partir de là, nous
avions proposé ce qu’on a appelé des
“petites communautés de foi”. Nous le
disions tout à l’heure, la société
sécularisée actuelle n’est plus porteuse
d’une démarche spirituelle. Nous n’avons
plus un environnement qui pourrait
suppléer à nos insuffisances
personnelles. Aujourd’hui
particulièrement, la foi est une
décision personnelle mais qui n’est pas
nourrie par un contexte religieux.
Prenant conscience que la seule
participation à la messe dominicale est
insuffisante pour vivre en chrétiens,
nous avons proposé que des groupes de 6
à 9 personnes se réunissent tous les
mois. Ces groupes n’ont pas un objectif
pastoral ou caritatif particulier, mais
simplement de permettre à des chrétiens
de partager leur vie à la lumière de
l’évangile, de se soutenir les uns les
autres dans le témoignage évangélique
qu’il convient de porter dans ce monde
difficile.
Dans le même sens, pendant le Carême des
groupes étaient constitués tous les ans.
Un gros effort a été fait l’an dernier
pour créer ces “tentes de la rencontre”
où pendant le Carême 180 chrétiens de
tout âge, de toutes cultures, ont pu
partager la parole de Dieu afin de
préparer leur cœur à vivre l’événement
de Pâques.
En ce qui concerne la formation
particulièrement nécessaire dans le
monde actuel, une équipe “formation” a
été constituée pour porter la
responsabilité de penser et de proposer
une formation aux chrétiens de
Saint-Hippolyte. C’est ainsi que se sont
montés les “Buffets” adaptation de la
méthode des groupes Alpha, composés de
rencontres pendant 6 ou 7 semaines
consécutives, avec un repas servi de 20h
à 20h45, puis un exposé de 20h45 à 21h30
enfin un échange par table de 21h30 à
22h30. Nous avons eu entre 80 et 120
participants chaque année à ces
“buffets”. La formation comporte aussi
les trois catéchèses pendant le temps de
l’Avent, et la mise en œuvre de groupes
comme le groupe biblique ou la Formation
Continue de la Foi.
e) Dans la même ligne, comment ne pas
évoquer l’importance donnée au baptême
qui est le cœur de notre foi. C’est un
point qui tenait particulièrement au
cœur de Francis Barjot. Il aurait aimé
qu’un baptistère soit placé à l’entrée
de l’église. Il a travaillé pour que le
catéchuménat ne soit pas un groupe parmi
d’autres mais le ferment de toute la
communauté. Aujourd’hui, le catéchuménat
est vraiment au cœur de notre paroisse
avec ses 26 catéchumènes et tout autant
d’accompagnateurs.
f) On ne peut pas tout évoquer, il
faudrait parler de la place des jeunes.
Certes de gros efforts ont été faits
pour les enfants avec en particulier
l’éveil à la foi tous les mois le
dimanche matin, avec le partage de la
Parole de Dieu pendant la liturgie de la
Parole pris en charge par toute une
équipe, avec “Hippo-colo-caté” qui est
une magnifique aventure avec les enfants
pendant les vacances de février.
L’aumônerie n’est pas oubliée avec en
particulier ses jeunes animateurs si
dévoués. La prise en compte des jeunes
reste toutefois un grave souci pour
notre paroisse. Cela reste un point
faible de notre communauté dans sa
réponse aux défis du monde
d’aujourd’hui. Il faudrait aussi parler
du travail autour des célébrations de
notre communauté. Signalons toutefois
que si la “liturgie des nouvelles” où
chacun pouvait donner des nouvelles du
quartier au début de la Messe s’est
arrêtée sans doute par usure, peut-être
aussi parce que les nouvelles
populations y étaient moins sensibles,
la prière universelle est un élément
majeur d’ouverture au monde comme aussi
pour signifier que chacun a la parole
dans notre communauté. Pour cela, à
toutes les messes, le micro est donné à
tout paroissien qui le demande ; c’est
un moment fort de notre prière. Notons
aussi les liens avec les communautés
protestantes du quartier dans un partage
très fraternel.
Enfin un mot sur les changements
dans le mode de communication avec
l’importance grandissante de
l’informatique. Nous avons la chance à
Saint-Hippolyte d’avoir un membre de la
communauté qui a accepté le service de
promouvoir la vie de Saint-Hippolyte sur
internet. Cela permet, au delà de la
communication entre paroissiens, de
toucher des gens qui ne viendraient pas
à la paroisse. Il est clair que la
mobilité croissante, les emplois du
temps de plus en plus serrés demanderont
des moyens de communication plus fiables
et plus rapides que le papier qui reste
toutefois un merveilleux moyen pour
communiquer.
Conclusion.
Aujourd’hui,
avec le Père Renaud,
Christophe et toute
l’Équipe Pastorale,
nous voulons à la
fois garder les
grandes intuitions
de ces Cent ans de
Saint-Hippolyte tout
en cherchant à
inventer ce qui nous
semble nécessaire
pour répondre aux
diverses évolutions
de notre quartier,
de notre paroisse,
aux changements dans
l’environnement
économique, social
et culturel qui
modifient notre
rapport au monde.
Nous entendons
garder les repères
fondamentaux qui
nous semblent à la
fois dans l’esprit
du Concile Vatican
II, dans l’esprit de
ces cent années de
notre paroisse et
une réelle espérance
pour l’avenir de
l’Église. Vivre un
centenaire, c’est
essentiellement
utiliser le passé
pour ouvrir un
avenir. Je n’ai pas
la prétention d’être
prophète et
d’indiquer les
évolutions à venir
pour notre paroisse.
Mais nous pouvons
dire que les
convictions qui ont
marqué ces cent
années permettent de
garder l’espérance.
Ces convictions, ces
repères fondamentaux
sont à la fois
simples et
exigeants.
Le premier,
c’est la
responsabilité de
tous les baptisés
dans la construction
de la communauté et
de sa mission. C’est
seulement ensemble,
prêtres et laïcs que
nous pourrons
poursuivre la tâche
du Christ Jésus.
Cela suppose de
partager
effectivement la
charge pastorale et
que de réelles
responsabilités dans
notre communauté
soient confiées à
tel ou tel baptisé
pour le bien de
tous.
Le second repère
c’est l’importance
du partage et de
l’approfondissement
de la foi entre
chrétiens. Nous ne
savons pas ce que
sera l’Église de
demain, mais nous
savons que les
chrétiens devront de
plus en plus se
retrouver en petits
groupes, en petites
communautés pour
partager leur vie à
la lumière de
l’évangile et cela
au-delà de la
participation
commune à
l’eucharistie
dominicale.
Le monde de demain
ne sera pas plus
facile que
maintenant pour
proposer la foi
chrétienne. On ne
peut plus se
contenter de répéter
les affirmations
reçues de nos aînés.
Il faudra de plus en
plus s’approprier la
Parole de Dieu,
avoir des
convictions
personnelles
crédibles. Ce qui
suppose de continuer
sans cesse à
réfléchir sur notre
foi, à la purifier.
Il faudra offrir
des formations
permanentes aux
chrétiens.
Un dernier
repère, mais non le
moindre est
l’ouverture au
monde. Jésus s’est
voulu proche des
petits, des pauvres,
des malades. Si nous
voulons être
crédibles en parlant
de la tendresse de
Dieu, du salut et de
la libération de
l’homme par Jésus
Christ, il
conviendra de
développer tout ce
qui est de
l’entraide, de la
solidarité, de la
justice. C’est un
chantier essentiel
pour porter
l’espérance de Jésus
Christ.