Centenaire de la paroisse
Saint-Hippolyte - Paris 13°

Le monde entier...
Accueil Remonter La Mission de France Vatican II Le monde entier... Table ronde

 

 

 

 

Le monde entier arrive à Saint-Hippolyte

 

Soirée-débat
Jeudi 14 janvier 2010

Un des évènements majeurs qui transforme la physionomie de notre quartier à la fin des années soixante dix.

Par le père Maurice Fourmond, vicaire à Saint-Hippolyte depuis 2000, qui a vu cette période où la diversité s’est installée dans notre paroisse.

Au cours de cette période la plus récente de notre histoire, quelque chose s’est imposé en dehors de tout projet : l’arrivée de nombreux étrangers. Comment la paroisse a-t-elle réagi ? : accueil et rejet, difficultés et instauration de projets pastoraux originaux.

 

Saint-Hippolyte dans les dix dernières années

Introduction

La paroisse Saint-Hippolyte s’est construite à travers une belle histoire. Nous avons eu en novembre le témoignage de la Mission de France, puis en décembre Gilles Renaudin nous a retracé la période où il a été nommé curé à Saint-Hippolyte, de 1970 à 1981 avec l’impact de deux événements majeurs : le Concile Vatican II et mai 68.

Il me revient d’achever cette grande fresque de notre paroisse. N’étant pas encore à Saint-Hippolyte, je ne dirai malheureusement rien des vingt années qui ont suivi la période présentée par Gilles Renaudin encore que Saint-Hippolyte a vécu de grandes choses avec Jean Lavergnat et Guy de Lachaux. Je signale seulement le rôle de Guy de Lachaux dans le développement du groupe des divorcés et divorcés remariés avec la création du journal trimestriel “Chemins d’espérance”. L’accueil fraternel et la place des divorcés et divorcés-remariés dans notre paroisse est toujours aussi importante aujourd’hui, signe d’un Dieu de tendresse et de miséricorde. Peut-être que certains pourront évoquer tout à l’heure l’un ou l’autre moment fort de cette période entre 1981 et 2000. Je m’attacherai donc seulement aux dix dernières années de notre paroisse dont je peux être le témoin. Je diviserai mon propos en deux parties. J’exposerai d’abord les changements qui ont marqué cette période et donc qui ont influencé la pastorale de notre paroisse : changements dans la population du quartier et changements dans notre société, pour évoquer en conclusion de cette partie quelques défis que ces changements ont posés à notre paroisse. Dans une seconde partie, je verrai comment notre communauté a répondu à ces différents défis pastoraux. En finale je voudrais donner quelques convictions qui ouvrent sur l’avenir de notre communauté paroissiale.

 

- 1- Les changements.

a) Les changements dans la population du quartier.

Tout le monde s’accorde pour constater une forte évolution de notre quartier dans les dernières décennies. Entre les deux recensements de 1975 et 2006, la population du 13è arrondissement a augmenté  d’un peu moins de 10 %, ce qui n’est pas très important comme augmentation. Mais cette augmentation a surtout marqué les deux quartiers sur lesquels est implantée notre paroisse : le quartier de la Gare et le quartier de Maison Blanche.
L’augmentation de la population est surtout marquée par le venue des étrangers sur le quartier. Entre le recensement de 1975 et celui de 2006 le nombre d’étrangers est passé de 9.000 étrangers en 1975 à 23.600 en 2006.
Selon le recensement de 2006, sur les 178.000 habitants du 13è arrondissement, 13% sont étrangers. Toujours selon ce recensement parmi les étrangers du 13è, 10% ont un emploi et 2% sont chômeurs. La plupart de ces étrangers habite sur notre secteur paroissial.

Le regard porté sur notre communauté paroissiale vient compléter et même modifier ce que les statistiques nous ont appris. Il est fort probable qu’un paroissien d’il y a 40 ans qui reviendrait à une messe dominicale à Saint-Hippolyte ne reconnaîtrait pas l’assemblée qu’il avait connu, tant est grande sa diversité culturelle. Le Père Francis Barjot, à deux années d’intervalle avait fait placer dans l’église, tout autour de la nef, pour la Messe de la Pentecôte, des panneaux représentant les cinq continents. Après la lecture des Actes des Apôtres où il était question de tous ces peuples rassemblés à Jérusalem, le Père Francis invita toute l’assemblée à se lever et que chacun aille marquer son nom sur son pays d’origine. Il y avait à ces messes de la Pentecôte 52 nationalités différentes dont un nombre important de chrétiens d’origine antillaise, vietnamienne, d’Afrique francophone, d’Europe de l’est...
C’est dire que notre communauté a connu un changement important dans sa population avec des chrétiens de cultures différentes et de sensibilités religieuses différentes. Mais la société a encore plus changé, interrogeant notre façon de vivre en chrétiens dans notre paroisse. Quelques mots sur les changements de mentalité.

b) Les changements dans la société actuelle.

Pour comprendre la place d’une communauté chrétienne dans un quartier, il semble important de repérer les changements qui touchent la vie des gens. Pourquoi insister aujourd’hui plus qu’hier ? C’est que l’évolution du monde s’est considérablement accéléré ces dernières années en particulier grâce aux progrès techniques. Je ne peux évidement qu’évoquer quelques uns de ces changements qui touchent la mission d’une communauté chrétienne. J’en relève seulement trois.

1- Notre rapport à la durée par l’évolution des technologies en particulier pour ce qui concerne la communication. Nous vivons de plus en plus à l’heure de l’internet et du téléphone portable. Ceci avec la rapidité que permet le courriel électronique mais en même temps une espèce d’exigence d’immédiateté qu’elle autorise et le contact permanent que permet le téléphone portable. Ces nouvelles technologies font éclater les frontières : on ne peut plus se préserver dans son “pré carré”. L’information se joue des barrières douanières comme des oukases des gouvernements. L’informatique met en communication les personnes dans le monde entier et cela immédiatement. C’est ainsi que le temps et l’espace se sont rétrécis avec de grands avantages mais aussi avec des risques pervers. Avantages lorsque par exemple nos amis chinois grâce à la webcam peuvent voir de Paris leur famille en Chine et dialoguer avec elle, lorsque les nouvelles du monde entier nous parviennent presque en direct ; on vit dans l’instantané de l’information. 
Mais cette vie dans l’immédiat risque d’abolir la durée. Demain est incertain et cela provoque une grande timidité à prendre des engagements : voir par exemple les changements dans la conception du couple où l’engagement réciproque hésite à s’inscrire dans une institution stable. Autre effet pervers, si la durée n’est plus un facteur déterminant, il y a le risque d’occulter aussi bien le passé que l’avenir c’est-à-dire que l’histoire n’a plus la même importance surtout chez les jeunes ; nous comprenons ainsi pourquoi nous constatons aujourd’hui une grave crise de la transmission.
L’éclatement des frontières a des conséquences importantes tant au niveau économique qu’au niveau du brassage des populations et des cultures. Jean-Claude Guillebaud écrivait que l’avenir n’était pas le choc des civilisations, mais le métissage culturel. L’éclatement des frontières, c’est aussi l’augmentation des flux migratoires avec tous les problèmes d’intégration que cela pose aux diverses sociétés.
De plus, les découvertes techniques, l’évolution des sciences posent des problèmes nouveaux, pratiquement inconnus jusqu’à ces dernières décennies. Je pense en particulier aux questions posées en bioéthique ou à celles posées par l’environnement. On n’a jamais autant parlé d’écologie et cela au niveau planétaire.

2- Un second changement important qui n’est certes pas d’aujourd’hui mais qui s’est accéléré ces dernières années, c’est le rapport aux institutions et à l’autorité. Là encore il y a d’immenses avantages et de sérieux périls. L’avantage majeur est la mise en valeur du “sujet” par rapport au collectif. Certes, cette découverte ne date pas d’aujourd’hui et sans remonter à l’antiquité, pensons au personnalisme d’Emmanuel Mounier, à l’apport du docteur Freud et de la psychanalyse. Joseph Moingt dans la préface au livre “Transmettre la foi, est-ce possible ?” écrit : “C’est l’aboutissement d’un processus d’émancipation du sujet, de l’individu qui émerge de son enfouissement silencieux, dans la famille, la société ou l’État, avide de former ses jugements et de prendre ses décisions par lui-même sans qu’ils lui soient imposés du dehors” (p. 9).
Cependant aujourd’hui plus qu’hier s’est répandue l’idée que la personne, le “je” est ce qu’il y a de plus important. L’accomplissement de la personne individuelle est l’objectif majeur. Cela ne diminue pas l’importance du bien commun, mais celui-ci est relégué au second plan par rapport à l’accomplissement de l’individu.
Ceci modifie le rapport aux institutions quelles qu’elles soient, cela modifie le rapport à l’autorité d’où quelle vienne. L’autorité n’est plus un absolu qui s’impose, elle est analysée, discutée, contestée, refusée. Qui ne voit à la fois la liberté acquise, mais aussi les obstacles à la vie en société que ce soit la société civile ou la société religieuse y compris catholique. Pour n’en donner qu’un exemple : la création d’un couple et d’une famille se veut dans beaucoup de cas sans référence à l’institution ; en France, 52% des naissances sont déclarées en dehors de l’institution du mariage.

3- Enfin, un troisième changement important dans les mentalités est le phénomène de sécularisation qu’on peut définir brièvement comme la distinction entre le civil et le religieux. Certes ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui, mais il tend de plus en plus à reléguer le religieux dans le domaine du privé. Les rapports entre l’Église et l’État ont considérablement changé. Nous ne pouvons plus prétendre à ces privilèges qui ont marqué les époques précédentes. Ce qui veut dire que la mission s’inscrit à l’intérieur de frontières relativement étroites, celles du droit établi par des sociétés séculières. La parole des chrétiens est une parole parmi d’autres. Elle ne s’impose plus mais se propose et attire selon des critères nouveaux de crédibilité, de respect, de fraternité.

 

c) Les défis pour notre communauté.

Si j’ai développé un peu tous ces changements, changements de population comme de mentalités, c’est qu’ils modifient profondément la pastorale d’une communauté. Nous ne pouvons reproduire ce qui avait été inventé il y a trente ans. 

1- Et d’abord la pluralité culturelle. La pluralité culturelle s’accompagne en particulier de sensibilités religieuses très différentes, de manières différentes de vivre la foi et de la partager. Le défi posé à notre communauté est : comment à la fois respecter ces différentes cultures, ces différentes sensibilités religieuses tout en maintenant une profonde communion entre tous les membres de notre communauté ? Comment vivre le pluralisme et l’unité ?
2- Par rapport à la place du sujet, de l’individu, le défi est d’abord de promouvoir la responsabilité de chacun au service de tous. D’autre part ce repli sur l’individu crée de grandes solitudes ; comment une paroisse peut y répondre. C’est toute la question du partage, de la rencontre.
3- Par rapport à la sécularisation il nous faut prendre conscience que la pratique sacramentelle est insuffisante pour nourrir la foi. Il n’y  plus de milieu porteur. Pour nourrir la foi des chrétiens, il faudra inventer des moyens nouveaux tant dans le domaine de la formation que d’un dialogue et d’un partage de la foi entre chrétiens.

- 2 - Comment dans les dix dernières années, notre communauté a cherché à répondre à ces défis ?

a) Le premier défi est venu du changement de notre population devenue pluri-culturelle. Comment honorer cette pluralité tout en construisant l’unité de notre communauté. Notre paroisse a voulu à la fois permettre aux divers groupes culturels de se rencontrer tout en étant pleinement intégrés au projet de Saint-Hippolyte.
Nous avons aidé la communauté chinoise a se construire, afin qu’elle puisse célébrer dans sa langue et sa culture, cet essor s’est concrétisé par la construction de Notre-Dame de Chine. L’inauguration a eu lieu le 18 décembre 2005 par notre évêque André Vingt-Trois. Cependant des liens amicaux forts se sont maintenus. Indépendamment de la RCFA “Réseaux Culturels Franco Asiatique” qui continue de façon indépendante ses objectifs, la CCC, la “Communauté Catholique Chinoise” qui au départ était un groupe paroissial de Saint-Hippolyte, s’est rattachée à la nouvelle paroisse chinoise pour devenir l’Association Notre-Dame de Chine. L’association, comme l’ancienne CCC,  a un double objectif : Par une école, pour apprendre la langue chinoise aux enfants nés en France mais aussi à des adultes (actuellement plus de 800 élèves), s’ouvrir à la population chinoise du quartier, mais aussi créer un “sas” entre le monde asiatique et la pensée chrétienne ; c’est un service rendu à la communauté chinoise et aussi un moyen pour permettre peut-être à certains de découvrir le christianisme. Le lien avec notre paroisse est bien marqué par la présence d’une jeune prêtre chinois actuellement Paul Wang, nommé en partie pour Notre-Dame de Chine et en partie pour le service de notre paroisse.
Le groupe vietnamien était déjà bien vivant avec le jumelage entre Saint-Hippolyte et la paroisse de Cantoo au Viêt-Nam. Voilà quelques années, les Assomptionnistes ont souhaité fonder au Viêt-Nam. Ils demandèrent à notre paroisse d’accueillir un séminariste vietnamien. Ce furent successivement Dong, Hung ordonnés prêtres à Saint-Hippolyte avant de repartir au Viêt-Nam et aujourd’hui Son. Avec eux, le groupe vietnamien s’est développé confortant son identité tout en étant profondément membres de Saint-Hippolyte, participant aux activités paroissiales et animant certaines fêtes par les beaux chants vietnamiens de sa petite chorale.
Nous avons beaucoup de paroissiens issus des Antilles-Guyane. Indépendamment de grandes manifestations comme des pèlerinages ou des “Chanter-Noël”, une “petite communauté de foi” antillaise se retrouve tous les mois pour partager la vie à partir de l’évangile. 

Le Père Gilles Renaudin avait évoqué la Messe pour le Père Bernard Le Franc avec la participation si forte de ses “fils spirituels” congolais. Même s’il y a beaucoup de différences selon les pays d’Afrique sub-saharienne, nous avons beaucoup à recevoir de ces frères et sœurs qui ont un regard sur le monde tellement différent du regard occidental. C’est ainsi que nous avons la chance d’avoir le Père Prosper Lombadisha, du Congo Kinshasa, prêtre étudiant qui participe à la vie de notre paroisse. 
Ainsi, un grand effort est fait tant pour respecter les différences que pour vivre ensemble une vie fraternelle. Peu à peu se réalise cette profonde communion entre les membres de notre communauté ayant des origines culturelles très diverses. C’est ainsi par exemple que nos Assemblées Paroissiales de rentrée qui réunissent depuis deux ans près de 200 personnes, sont l’image assez exacte de notre assemblée dominicale dans sa très grande diversité. Deux groupes de la paroisse permettent en particulier à toutes les cultures de se retrouver, ce sont d’une part “l’Échange de Savoirs” et notre “Chorale”. Ces deux groupes réunissent des personnes de toutes cultures. Certes nous avons du mal à répondre à ce défi du pluri-culturalisme, cependant, nous souhaitons poursuivre en inventant de nouveaux  moyens de partage et d’échange.

b) J’en viens aux changements dans l’organisation de notre communauté. Notre paroisse, au fil des années, s’est enrichie de groupes divers nombreux. On en compte aujourd’hui plus de trente. Il fallait modifier l’organisation de notre communauté. Les deux instances  Équipe pastorale et Assemblée générale ne permettaient plus d’assurer la communion et la cohésion entre tous. Il est apparu nécessaire de permettre à des groupes ayant des objectifs proches de se retrouver. De même il nous semblait nécessaire que des laïcs prennent la responsabilité de grands secteurs paroissiaux, avec une certaine légitimation. Celle-ci fut donnée par des lettres de mission du curé, approuvées par l’Équipe Pastorale. C’est ainsi que quatre laïcs reçurent une lettre de mission leur confiant la responsabilité de quatre secteurs pastoraux : l’accueil, la catéchèse, le catéchuménat et la formation. De même il convenait d’avoir une instance intermédiaire entre les acteurs sur le terrain et l’Équipe Pastorale, d’où la nécessité de créer un Conseil Pastoral complétant le rôle de l’Équipe Pastorale et permettant de faire remonter à l’Équipe pastorale les questions et les suggestions des divers acteurs dans notre paroisse.

Tout cela exigeait de revoir les statuts de la paroisse. Entre l’automne 2003 et le début de l’année 2005, une commission a travaillé sur les institutions de la paroisse pour aboutir à une Assemblée Générale le 12 mars 2005. Avant de proposer certains changements imposés par les événements, dans un préambule furent affirmées nos convictions. Voici quelques extraits des convictions qui nous habitaient : 
La vie de la communauté paroissiale de Saint-Hippolyte s’inscrit dans une histoire qui a contribué à façonner son visage actuel : son origine dans une roulotte est image de sa préoccupation sociale, poursuivie par la Mission de France. Avec tous les groupes qui, depuis, se sont relayés dans des actions de solidarité, nous souhaitons placer le souci des plus démunis parmi nos priorités.
A l’image de l’évolution du quartier, l’assemblée de Saint-Hippolyte s’est enrichie de membres de tous âges, dont les origines ethniques et culturelles sont très diverses. Pour réaliser notre projet de « faire Église », il est important pour nous de permettre à chacun d’y trouver sa place... 
Malgré le nombre et la diversité de ceux qui la composent, il existe une véritable dimension communautaire dans la vie de la paroisse. C’est une dimension indispensable de la vie chrétienne. On n’est pas chrétien tout seul : la foi ne peut être vécue et annoncée qu’en communion avec les autres.
Prêtres et laïcs doivent continuer à partager l'exercice de la responsabilité globale, comme cela a été institué à Saint-Hippolyte dans la dynamique du Concile Vatican II. Chaque membre de la communauté paroissiale, formé et soutenu par elle, doit se sentir appelé à y jouer un rôle actif, en fonction des besoins et selon ses talents.”

L’Assemblée Générale du 12 mars 2005 avalisa les divers changements concernant les ministres (celles ou ceux qui ont une lettre de mission de la paroisse), concernant ce qu’on appela les “collèges”, regroupant plusieurs groupes aux préoccupations pastorales proches. Une modification importante à l’Équipe Pastorale fut apportée devant certaines difficultés, rappelées déjà à l’époque de Gilles Renaudin, concernant les candidats à l’Équipe Pastorale. Désormais faisaient partie de l’Équipe pastorale les prêtres nommés par notre évêque et six laïcs, trois élus par l’ensemble de la communauté et trois cooptés par l’Équipe Pastorale avec l’accord des ministres. Le mandat des membres laïcs de l’Équipe pastorale est de trois ans non immédiatement renouvelable. Nous nous retrouvons trois lundi sur quatre par mois. L’Équipe Pastorale reste bien sûr l’instance qui porte la responsabilité globale de notre communauté.

c) Un défi constant posé à toute communauté chrétienne est le lien avec les plus pauvres. Dans cette dernière période de notre centenaire, nous avons bien sûr maintenu ce qui fut la préoccupation constante à Saint-Hippolyte, le souci des plus démunis. En continuité avec tout ce qui avait été mis en place auparavant, notre travail s’est orienté dans deux directions. La première consiste à soutenir tout ce qui touche à la solidarité en rappelant sans cesse que cette attention aux plus démunis n’est pas un corollaire de notre foi de chrétien, mais un élément constitutif de la foi sans lequel notre foi serait vaine, inexistante, morte. Notre guide paroissial énumère les activités de solidarité : depuis “Espace-Solidarité” qui a pris le relais du Secours Catholique, “Écrivain Bénévole” qui chaque semaine accueille tous ceux qui, ayant des problèmes de langue ou d’écriture, nous sollicitent pour rédiger une lettre ou comprendre un document, “Habitat et Humanisme”  qui, ayant acheté et rénové des appartements, les propose pour un très faible loyer à des personnes présentées par l’aide sociale mais avec un accompagnement personnel, le groupe CCFD très actif sur notre paroisse, le “Réseau Chrétien-Immigrés” auquel participent plusieurs membres de notre communauté ; ajoutons le groupe “Visite et Communion” ainsi que le travail de San Egidio en particulier par “L’école de la paix” qui rassemble chaque samedi une trentaine d’enfants défavorisés pour les aider au plan scolaire ainsi qu’à une vie heureuse ensemble.
L’autre direction vers les plus démunis concerne l’utilisation des locaux heureusement importants à Saint-Hippolyte. À côté des associations de tous genres qui utilisent ponctuellement nos locaux, mentionnons les accords avec “Alpha Choisy” centre pour l’apprentissage des langues chinoise et française et avec “Emmaüs” qui vient de rénover des locaux importants en vue d’accueillir des femmes à la rue avec un projet de réinsertion sociale.

d) Parmi les défis, nous avons parlé tout à l’heure de la sécularisation qui a supprimé le support social pour ce qui touche à la religion. Nous n’avons pas d’autre appui pour vivre notre vie en chrétien que le soutien des frères et des sœurs chrétiens. Il nous faut donc répondre à ce défi par l’échange entre chrétiens et par la formation permanente. 

Il y a quatre ans nous avions lancé le slogan : “On n’est pas chrétien tout seul”, afin d’insister sur la nécessité de partager sa vie et sa foi entre chrétiens. À partir de là, nous avions proposé ce qu’on a appelé  des “petites communautés de foi”. Nous le disions tout à l’heure, la société sécularisée actuelle n’est plus porteuse d’une démarche spirituelle. Nous n’avons plus un environnement qui pourrait suppléer à nos insuffisances personnelles. Aujourd’hui particulièrement, la foi est une décision personnelle mais qui n’est pas nourrie par un contexte religieux. Prenant conscience que la seule participation à la messe dominicale est insuffisante pour vivre en chrétiens, nous avons proposé que des groupes de 6 à 9 personnes se réunissent tous les mois. Ces groupes n’ont pas un objectif pastoral ou caritatif particulier, mais simplement de permettre à des chrétiens de partager leur vie à la lumière de l’évangile, de se soutenir les uns les autres dans le témoignage évangélique qu’il convient de porter dans ce monde difficile. 
Dans le même sens, pendant le Carême des groupes étaient constitués tous les ans. Un gros effort a été fait l’an dernier pour créer ces “tentes de la rencontre”  où pendant le Carême  180 chrétiens de tout âge, de toutes cultures, ont pu partager la parole de Dieu afin de préparer leur cœur à vivre l’événement de Pâques.
En ce qui concerne la formation particulièrement nécessaire dans le monde actuel, une équipe “formation” a été constituée pour porter la responsabilité de penser et de proposer une formation aux chrétiens de Saint-Hippolyte. C’est ainsi que se sont montés les “Buffets” adaptation de la méthode des groupes Alpha, composés de rencontres pendant 6 ou 7 semaines consécutives, avec un repas servi de 20h à 20h45, puis un exposé de 20h45 à 21h30 enfin un échange par table de 21h30 à 22h30. Nous avons eu entre 80 et 120 participants chaque année à ces “buffets”. La formation comporte aussi les trois catéchèses pendant le temps de l’Avent, et la mise en œuvre de groupes comme le groupe biblique ou la Formation Continue de la Foi.

e) Dans la même ligne, comment ne pas évoquer l’importance donnée au baptême qui est le cœur de notre foi. C’est un point qui tenait particulièrement au cœur de Francis Barjot. Il aurait aimé qu’un baptistère soit placé à l’entrée de l’église. Il a travaillé pour que le catéchuménat ne soit pas un groupe parmi d’autres mais le ferment de toute la communauté. Aujourd’hui, le catéchuménat est vraiment au cœur de notre paroisse avec ses 26 catéchumènes et tout autant d’accompagnateurs.

f) On ne peut pas tout évoquer, il faudrait parler de la place des jeunes. Certes de gros efforts ont été faits pour les enfants avec en particulier l’éveil à la foi tous les mois le dimanche matin, avec le partage de la Parole de Dieu pendant la liturgie de la Parole pris en charge par toute une équipe, avec “Hippo-colo-caté” qui est une magnifique aventure avec les enfants pendant les vacances de février. L’aumônerie n’est pas oubliée avec en particulier ses jeunes animateurs si dévoués. La prise en compte des jeunes reste toutefois un grave souci pour notre paroisse. Cela reste un point faible de notre communauté dans sa réponse aux défis du monde d’aujourd’hui. Il faudrait aussi parler du travail autour des célébrations de notre communauté. Signalons toutefois que si la “liturgie des nouvelles” où chacun pouvait donner des nouvelles du quartier au début de la Messe s’est arrêtée sans doute par usure, peut-être aussi parce que les nouvelles populations y étaient moins sensibles, la prière universelle est un élément majeur d’ouverture au monde comme aussi pour signifier que chacun a la parole dans notre communauté. Pour cela, à toutes les messes, le micro est donné à tout paroissien qui le demande ; c’est un moment fort de notre prière. Notons aussi les liens avec les communautés protestantes du quartier dans un partage très fraternel.

Enfin un mot sur les changements dans le mode de communication avec l’importance grandissante de l’informatique. Nous avons la chance à Saint-Hippolyte d’avoir un membre de la communauté qui a accepté le service de promouvoir la vie de Saint-Hippolyte sur internet. Cela permet, au delà de la communication entre paroissiens, de toucher des gens qui ne viendraient pas à la paroisse. Il est clair que la mobilité croissante, les emplois du temps de plus en plus serrés demanderont des moyens de communication plus fiables et plus rapides que le papier qui reste toutefois un merveilleux moyen pour communiquer.

Conclusion.

Aujourd’hui, avec le Père Renaud, Christophe et toute l’Équipe Pastorale, nous voulons à la fois garder les grandes intuitions de ces Cent ans de Saint-Hippolyte tout en cherchant à inventer ce qui nous semble nécessaire pour répondre aux diverses évolutions de notre quartier, de notre paroisse, aux changements dans l’environnement économique, social et culturel qui modifient notre rapport au monde. Nous entendons garder les repères fondamentaux qui nous semblent à la fois dans l’esprit du Concile Vatican II, dans l’esprit de ces cent années de notre paroisse et une réelle espérance pour l’avenir de l’Église. Vivre un centenaire, c’est essentiellement utiliser le passé pour ouvrir un avenir. Je n’ai pas la prétention d’être prophète et d’indiquer les évolutions à venir pour notre paroisse. Mais nous pouvons dire que les convictions qui ont marqué ces cent années permettent de garder l’espérance. Ces convictions, ces repères fondamentaux sont à la fois simples et exigeants.

Le premier, c’est la responsabilité de tous les baptisés dans la construction de la communauté et de sa mission. C’est seulement ensemble, prêtres et laïcs que nous pourrons poursuivre la tâche du Christ Jésus. Cela suppose de partager effectivement la charge pastorale et que de réelles responsabilités dans notre communauté soient confiées à tel ou tel baptisé pour le bien de tous.
Le second repère c’est l’importance du partage et de l’approfondissement de la foi entre chrétiens. Nous ne savons pas ce que sera l’Église de demain, mais nous savons que les chrétiens devront de plus en plus se retrouver en petits groupes, en petites communautés pour partager leur vie à la lumière de l’évangile et cela au-delà de la participation commune à l’eucharistie dominicale.  
Le monde de demain ne sera pas plus facile que maintenant pour proposer la foi chrétienne. On ne peut plus se contenter de répéter les affirmations reçues de nos aînés. Il faudra de plus en plus s’approprier la Parole de Dieu, avoir des convictions personnelles crédibles. Ce qui suppose de continuer sans cesse à réfléchir sur notre foi, à la purifier. Il faudra  offrir des formations permanentes aux chrétiens.

Un dernier repère, mais non le moindre est l’ouverture au monde. Jésus s’est voulu proche des petits, des pauvres, des malades. Si nous voulons être crédibles en parlant de la tendresse de Dieu, du salut et de la libération de l’homme par Jésus Christ, il conviendra de développer tout ce qui est de l’entraide, de la solidarité, de la justice. C’est un chantier essentiel pour porter l’espérance de Jésus Christ. 

 


RETOUR EN HAUT DE PAGE

 

 

 

<